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De la « diplomatie d’affaires » à la « démocratie d’affaires » : vers l’institutionnalisation de la log

mardi 15 mai 2012, par Guy Numa

Quand le « brase » est synonyme de corruption
Depuis quelques années, le discours et la pratique du “brase”, tendent à s’installer à tous les niveaux dans la société haïtienne. Dans tous les coins et recoins, le terme “brase” acquiert une popularité hors de l’ordinaire. Dans les institutions publiques comme dans les institutions privées, cette pratique, tend à devenir la norme. Même des institutions dites “morale” ne sont pas épargnées.

Dans l’administration publique, le/la citoyen/enne qui désire avoir accès à un service auquel il/elle a droit, est obligé de se référer à un racketteur pour bénéficier de ce service, à des prix exorbitants. Quand on parle de racketteur, on voit seulement, celui qui s’installe devant une institution pour accueillir les bénéficiaires/clients/tes . Le racketteur est aussi celui qui travaille dans l’institution et qui s’arrange avec le racketteur extérieur pour rançonner les contribuables. Le religieux qui se cache derrière une bible pour exploiter ses fidèles, le politicien qui transforme son parti en « boutique politique », l’ONGiste ou le fonctionnaire de l’Etat qui fait de son institution une vache à lait, le journaliste qui transforme son micro en marchandise, le syndicaliste ou le militant politique qui parle très fort pour se faire voir et appeler par le pouvoir, sont eux aussi des brasseurs/racketteurs, des corrompus. Ne parlons pas du parlementaire, élu par le peuple, qui fait du parlement un marché où l’on vend des votes et qui assimile une assemblée politique à une assemblée de coquins.
Un Etat décomposé, pour la promotion et l’institutionnalisation du « brase » ou de la corruption
La décomposition voulue et grandissante de l’Etat, dans le cadre de l’accélération du rouleau compresseur néolibéral, constitue un terrain propice à la propagation du « brase ». Cette question devient beaucoup plus grave, quand l’Etat et surtout ses représentants directes s’y mêlent. De nos jours, l’Etat haïtien se pose en véritable promoteur de la corruption. Haiti est perçue dans les rapports de Transparency International parmi les pays les plus corrompus, mais les professionnels de la corruption sont très rares dans les prisons. Durant ces dernières années, beaucoup de scandales de corruption ont marqué le comportement de l’Etat. Du scandale des 197 millions de dollars des fonds de l’accord PETROCARIBE au scandale du vote monnayé des parlementaires, en passant par celui des contrats sur la reconstruction, impliquant le président de la république et un sénateur dominicain , les autorités des trois pouvoirs de l’Etat (exécutif, législatif et judiciaire), se montrent très confortables dans une situation aussi alarmante et dégradante pour le pays. On se contente de démentir, dans des déclarations verbales et/ou des communiqués laconiques peu convaincants. Pourquoi pas des enquêtes sérieuses visant à faire jaillir la lumière sur ces dossiers ? Est-on en train de « progresser » vers l’installation d’une « démocratie d’affaires », en prolongement de la « diplomatie d’affaires » ?
Au niveau de la société globalement, les réactions ne sont pas à la dimension du problème. Les brasseurs à cravates surtout sont au contraire, les modèles à suivre. A la radio, à la télévision, ils sont les premiers à se faire écouter par la population. Ils sont les premiers à se faire élire aux élections. Car, pour participer aux élections ces jours-ci en Haïti, il faut avoir beaucoup d’argent. La provenance de cet argent, ne compte que très peu. Le Conseil Electoral Provisoire (CEP) comme les trois pouvoirs de l’Etat, ne sont pas intéressés à sa provenance. Au niveau de la société également, on s’en fout pas mal. On nous laisse croire que le politicien candidat peut prendre de l’argent n’importe où, pour aller aux élections. Ceux-ci expliquent que la majorité de nos élus sont des corrompus avant la lettre.
En regardant les publicités, on peut facilement constater une forte tendance à la normalisation du mensonge et du vol. Dans une publicité diffusée à la télévision pour le riz BONGU, Tonton BICHA et TIDYO volent chacun un sac de riz et se sont appelés voleurs. A travers la télévision, ils apprennent à voler à nos enfants et à nos jeunes. Et, ça passe comme une lettre à la poste. On dirait que c’est normal. La corruption sous toutes ses formes, le vol, le « brase », corollaires obligés de la mondialisation néolibérale, prennent de plus en plus de place dans notre « démocratie » à l’occidentale.
N’est-il pas venu le temps de dire non ?
Disons non, c’est assez ! Mais il est clair que tout l’appareil étatique est en état de putréfaction avancée. Certains disent qu’il faut renforcer les institutions, comme si celles-ci étaient indépendantes de l’Etat. Le niveau de putréfaction de l’Etat, affecte aussi ses institutions. Comment renforcer des institutions pourries, dans un Etat pourri ? Autrement dit, peut-on avoir des institutions fortes, dans un Etat aussi décomposé ?
La décomposition de l’Etat peut être ralentie par les multiples manœuvres de l’internationale et de nos élites, mais, elle ne peut plus s’arrêter. Cette pourriture court de toute façon vers l’éclatement ou vers la mise en place d’une puissante dictature où un homme ou un petit groupe d’hommes et de femmes, prendra la place des institutions, comme c’était le cas sous le régime sanguinaire des Duvalier.
Dans ce contexte, deux options d’un même mouvement sont à envisager. Lutter d’une part contre la corruption et la dépendance et d’autre part, œuvrer à la transformation de l’Etat et des structures socioéconomiques.

port-au-prince, 11 mai 2012

Guy NUMA
Militant, éducateur populaire
Membre de la Coordination du Mouvement Démocratique Populaire (MODEP)
E-mail : guynuma2001 chez yahoo.fr

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