Ligue Haïti
Broutons hors du territoire national les Impérialistes Français,Américains,Canadiens et leurs laquais tapis à travers la Minustha

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LA SENTINELLE DU PEUPLE

samedi 25 février 2012, par L’Equipe du journal

La Sentinelle est devant, elle éclaire le chemin de la libération du peuple.

Sentinelle du peuple n’a pas de fil à la patte – Ce sont les
contributions volontaires de l’équipe du journal et de quelques amis
qui permettent sa publication.

Editorial

Les représentations gratuites de théâtre offertes à la population par
Micky, qui a le rôle principal, et sa troupe de figurants, ne font pas
seulement rire, elles ne sont pas seulement faites de blagues, elles
apportent aussi la honte, les ennuis et la faim au pays. En vérité, ce
n’est pas cela qui intéresse le peuple. Ce dont le peuple a besoin, ce
n’est ni de comédie, ni de show d’humoriste. C’est de travail dont il
a besoin. C’est de nourriture dont le peuple a besoin. C’est
d’institutions correctes et solides, implantées partout dans un pays
souverain, dont le peuple a besoin, afin de pouvoir bénéficier des
services qu’il mérite. Mais ce n’est pas de cela dont on est en train
de s’occuper.

De quoi sont-ils en train de s’occuper ?

D’abord on s’efforce de créer des distractions pour endormir les gens
qui ne comprennent pas le jeu qui est en train d’être joué. Jour après
jour, une comédie est remplacée par une autre. Lorsqu’il n’y a pas un
conflit avec des journalistes, c’est un conflit avec des députés.
Ensuite, l’opération politique consiste à susciter des illusions dans
l’esprit des spectateurs. A faire croire que les choses vont changer.
C’est le projet d’école gratuite pour des milliers d’enfants, le
projet de lutte contre la faim, le projet de création d’emplois, le
projet de remise sur pied de l’armée d’Haïti. Toutes ces manigances
visent un seul objectif : faire en sorte qu’une partie de la
population conserve de faux espoirs pendant quelque temps.

La période consacrée à entretenir ces illusions est très importante
pour le système. Elle permet de donner aux vrais dirigeants du pays,
c’est-à-dire à la communauté internationale, en premier lieu les
Etats-Unis, la France et le Canada, l’opportunité de mettre en place
tout ce dont elle a besoin pour garantir ses intérêts. La presse de
l’oligarchie collabore étroitement avec le pouvoir de Micky et avec
les grands pays exploiteurs pour intoxiquer la population avec toute
une propagande au service de ces manœuvres. Dès qu’on ouvre la radio,
la télévision ou le journal, on entend parler des efforts de la
présidence, et du pays qui serait sur le point de redémarrer. Cette
propagande est planifiée pour qu’une bonne partie de la population ne
se mobilise pas sur les vrais problèmes. Elle crée des faux espoirs
afin de faire obstacle à toute vraie réflexion pour essayer de
comprendre les raisons des difficultés de la vie et pour découvrir le
chemin et la direction à suivre afin de s’en sortir.

+++La mise en place continue !+++

Après avoir installé la MINUSTAH dans le pays, après avoir fait
ingurgiter la CIRH au pays avec la complicité des politiciens
antinationaux, après les élections-sélections qui ont porté Micky au
Palais national et permis à une bande de trafiquants de drogue,
d’assassins et de malfaiteurs de trouver refuge au Parlement, la
communauté internationale cherche aujourd’hui à obtenir plus de
garanties pour assurer sa domination sur le pays. Elle a pris un
premier ministre bien docile pour qu’il saccage le pays pour elle.
Cette dernière étape ayant été franchie, les « affaires sérieuses »
vont commencer en vue d’une domination totale et sans partage du pays.
Pendant que Micky amuse la galerie pour affaiblir encore plus l’Etat,
Clinton et ses associés s’organisent pour ramasser la mise. Ils disent
qu’ils vont installer des ateliers d’assemblage à travers tout le
pays, qu’ils vont faire surgir de grands hôtels au bord de la mer,
qu’ils vont mener des études pour identifier et évaluer les réserves
d’or et de pétrole du pays. Enfin, toutes les richesses qui pourraient
servir à relancer le pays, ils s’organisent pour faire main basse
dessus et les emporter au loin.
Voici à quoi aboutit la démagogie de nos élites et de nos politiciens.
Face à ce pillage systématique, les patriotes et progressistes, femmes
et hommes, doivent organiser la résistance populaire et se concerter
afin de décider quoi faire pour que le pays échappe aux plans que la
communauté internationale échafaude sur son dos. Quel avenir
allons-nous laisser à nos enfants si nous laissons faire un tel
pillage du pays ? Est-ce pour cela que l’Empereur Dessalines et tous
nos ancêtres ont sacrifié leur vie afin de délivrer le pays ?

L’équipe du journal

Sentinelle / Contexte national
POUR QU’UNE POLITIQUE PUBLIQUE PUISSE PERMETTRE A LA POPULATION
L’ACCES AU TRAVAIL, IL FAUT QUE L’ETAT MENE DES POLITIQUES D’UN AUTRE
TYPE DANS LE PAYS.

La plus grande responsabilité qui incombe à un gouvernement vis-à-vis
de sa population, lorsque l’Etat entend être indépendant, est de faire
beaucoup d’efforts pour que la richesse du pays progresse dans toutes
les branches de l’économie. Il a des choix à faire, car ce n’est pas
n’importe quel choix politique qui crée de la richesse pour toute la
population, ni qui correspond à l’intérêt général de la nation.

+++ Les caractéristiques d’un pouvoir en place proviennent des forces
qui se trouvent derrière lui. +++

Lorsqu’un pouvoir est au service d’un groupe de personnes, tel que
l’oligarchie par exemple, l’orientation qu’il donne à l’économie du
pays vise à favoriser ce groupe. Il fait tout ce qui est à l’avantage
des groupes économiques qui le soutiennent, des groupes qui ont
dépensé de l’argent pour lui lors des élections.
En revanche, lorsque les dirigeants du pays accèdent au pouvoir grâce
à la détermination et à la volonté du peuple, c’est bien différent.
Alors, c’est la population et ses diverses sortes d’organisation, qui
se réunissent avec les responsables pour définir la politique du pays.
Ils cherchent la voie à suivre pour réorganiser l’économie, pour
développer les ressources et pour donner du travail au peuple en
respectant des priorités avantageuses pour tout le pays. Etant donné
que l’agriculture est la branche la plus importante de l’activité
économique, et qu’elle donne du travail à plusieurs millions de
personnes dans tous les départements du pays, dans les secteurs de la
production, de la commercialisation et de la transformation, elle doit
nécessairement occuper la première place.

Trop d’enfants souffrent de malnutrition dans le pays et trop
d’adultes meurent de faim pour qu’un gouvernement progressiste et
démocratique n’accorde pas la priorité de son action à la production
de céréales (riz, maïs, mil...), de vivres et de denrées. Les vivres
et les céréales permettent de nourrir en permanence la population,
tandis que les denrées renforcent les capacités d’exportation du pays
et améliorent le solde de la balance commerciale. Ainsi nous
aboutirons à ne plus subir l’humiliation infligée par la prétendue
aide internationale.

L’environnement, l’aménagement du territoire, l’assainissement et le
nettoyage du pays, la réparation et l’entretien des routes et des
rues, tout cela constitue une autre branche d’activité, dans laquelle
un nouveau ministère des travaux publics pourrait prendre la
responsabilité de donner du travail à des jeunes hommes et des jeunes
femmes, là où des comités de quartiers bien structurés et des brigades
communautaires prendraient en charge les zones alentour. Des travaux
qui demanderaient plus de connaissances techniques ou plus
d’équipements seraient placés sous la responsabilité de petites
entreprises spécialisées. L’Etat aiderait ces petites entreprises à se
monter, leur ferait trouver des crédits et faciliterait leur
fonctionnement.

Par ailleurs, "L’éducation pour tous" cesserait d’être un slogan pour
devenir à la fois un choix politique, visant à créer l’unité et à
renforcer la nation, et un choix économique, visant à mettre en valeur
toutes ces énergies, toutes ces intelligences qui ont été gaspillées
sous les régimes de domestiques. L’éducation valoriserait les gens par
un travail de formation, d’encadrement et de mobilisation du peuple.
Les écoles, les universités, les centres professionnels et les centres
d’apprentissage essaimeraient dans tout le pays. Ils fonctionneraient
sous la direction de responsables, de professeurs, de moniteurs
conscients de leur rôle d’inculquer le savoir, les sciences et les
techniques à tous les enfants du pays.
Les autres services sociaux tels que la santé, le sport et les loisirs
pourraient donner du travail à une bonne partie de la population. Avec
cette nouvelle politique, c’est toute la population qui construirait
la société.

+++Seul le peuple et le pouvoir du peuple peuvent résoudre
le problème du chômage en Haïti.+++

Ni les gouvernements étrangers, ni les institutions internationales,
ni l’oligarchie n’ont intérêt à combattre le chômage et à donner au
peuple de vrais emplois. Ils ont besoin de disposer d’une réserve
massive de chômeurs afin de pouvoir donner toujours un salaire minimum
de famine. Plus nous développerons nos richesses, et moins nous
dépendrons de ces sangsues, et moins elles pourront faire commerce
avec le pays de produits usagés et de camelote.
Si nous modernisons l’agriculture, l’oligarchie dominicaine ne pourra
plus venir nous vendre ses produits agricoles. Si nous encourageons
l’industrie locale, les spaghettis, le salami, l’huile etc. ne
pourront plus franchir la frontière. L’artisanat utilitaire ou
décoratif du pays peut permettre d’empêcher la sortie du pays d’une
masse de dollars américains, pour autant que les dirigeants aident les
artisans à produire. L’industrie du clairin et du rhum pourrait donner
plus de travail aux gens si l’Etat protégeait le marché et
encourageait les producteurs.

Il existe la volonté de laisser à terre tous les secteurs productifs
et de soumettre le pays à l’économie mondiale. Ainsi donc, comme nous
pouvons le constater, c’est la communauté internationale qui décide,
par exemple, de mettre un grand parc industriel à Caracol, alors que
l’agriculture et l’élevage auraient de grandes possibilités de
développement dans cette zone. C’est la communauté internationale
aussi qui encourage l’installation de zones franches dans les villes
frontalières pour y monter des ateliers d’assemblage, alors que depuis
quarante ans ces ateliers n’ont jamais fait progresser notre économie
ni permis de combattre vraiment le chômage.
Changer l’orientation économique du pays pour donner au peuple des
emplois qui valorisent les richesses du pays, c’est un choix qui
nécessite beaucoup de détermination, étant donnée la situation de
dépendance extrême léguée par les dirigeants de l’Etat et par
l’oligarchie. Seule une véritable mobilisation nationale de toutes les
forces patriotiques, implantées dans la population, peut déraciner
cette conspiration internationale qui trouve beaucoup de complicité du
côté des serviteurs locaux. Haïtiens vaillants, où que vous vous
trouviez, c’est à vous de jouer maintenant ! Chaque jour, pierre par
pierre, nous devons démolir cette forteresse de la mort par tous les
moyens possibles.
Gasner JOSEPH

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Sentinelle / Politique
LE POUVOIR DE MARTELLY ET SES ACOLYTES MANŒUVRENT POUR REMETTRE EN
PLACE UNE ARMEE SERVILE EN HAÏTI !

Au mois de janvier 1995, un arrêté présidentiel a mis fin aux Forces
armées (FADH) en Haïti. Cette décision a été prise sans scandale, sans
protestation, toute la population en ayant assez des crimes, des
exactions et des violations des droits humains commis par l’armée.

Depuis le départ du régime Duvalier en 1986, c’est l’armée qui
installait et révoquait présidents, ministres et directeurs généraux.
Elle contrôlait une bonne partie de l’économie du pays, surtout celle
qui reposait sur le trafic de drogue et la contrebande.

Aujourd’hui, face aux manœuvres de Martelly et de ses acolytes pour
nous ramener la vieille armée, tous les gens sérieux qui ont vécu
cette période se demandent si le pouvoir se croit capable de nous
faire revivre le temps où on devait fermer la bouche et où la
répression régnait en maître.

++ I. La ruse qu’emploient le pouvoir et ses copains pour faire
revenir une force armée criminelle semblable aux FADH.++

Même si l’on trouve soi-disant trois pouvoirs à la tête de l’Etat, en
fait aujourd’hui, lorsqu’une équipe occupe le pouvoir exécutif et a
besoin de faire passer un projet, elle discute d’abord avec l’autorité
de tutelle et cherche ensuite à influencer la population pour qu’elle
ne proteste pas contre ce projet.

Martelly et ses partisans veulent faire croire que c’est l’armée qui a
créé la nation haïtienne, et que c’est donc à l’armée qu’il revient de
tirer la nation de la mauvaise passe dans laquelle elle se trouve ! Eh
bien, non ! C’est la nation haïtienne qui a créé son armée indigène
pour qu’elle la libère de l’esclavage et pour finalement jeter les
bases de l’Etat haïtien. Peu après, les élites et les négociants
étrangers ont récupéré l’armée et l’ont mise à leur service contre les
intérêts de la nation. Lorsque cette armée fut bien affaiblie, les
Américains ont débarqué en 1915, nous ont mis sous occupation et ont
créé la Garde d’Haïti, qui est devenue les FADH, créées pour réprimer
la population afin de protéger les intérêts des Américains et de
l’oligarchie locale. Les partisans d’une armée d’importation veulent
faire croire que c’est l’armée qui peut garantir les investissements
étrangers dans le pays, protéger les frontières et remplacer la
MINUSTAH lorsqu’elle s’en ira. De 1920 à 1995, nous avons eu une armée
servile dans le pays. A partir de la fin des années 1940, presque tous
les investissements étrangers bidon arrivés avec l’occupation ont fait
demi-tour et ne sont jamais revenus. Pendant tout le temps qu’ont
existé les FADH, plus spécialement à partir de 1957, nos frontières
sont devenues une passoire pour les trafics de drogue, d’armes de
braceros et de boat people et l’armée n’a jamais rien fait pour les
freiner ; bien au contraire, c’est elle qui a assuré la protection des
trafiquants.

++ II. Quels objectifs se dissimulent derrière le projet de retour
d’une force armée servile dans le pays ? ++

C’est la force de résistance du peuple qui créa les conditions
permettant de négocier en vue du retour d’Aristide et d’imposer la
dissolution de l’armée. L’ex-président Clinton et toutes les autorités
de tutelle ont noué une alliance avec l’équipe de Martelly, et en 2011
ils lui ont remis le pouvoir, main dans la main avec quelques secteurs
de la mafia locale. Par conséquent, le président Martelly et ses
copains ne sont que des fantoches ; ils sont bien incapables de
recréer une armée en Haïti sans avoir l’aval des Américains.

Le document préparé par l’équipe de Martelly et portant de la question
des forces armées montre que c’est un véritable pouvoir parallèle
qu’elle veut mettre sur pied avec le Conseil national de défense et de
sécurité (CNDS). Parmi ses attributions, il devra s’occuper des
questions de protection civile, d’environnement, de renseignement, des
frontières, de l’eau, de l’énergie, de l’espace aérien, de la défense,
de la sécurité publique et du développement. Ce Conseil aura à sa tête
le Chef de l’Etat et comprendra le Premier ministre, les ministres de
la Défense, de la Justice, de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de
l’Economie et des Finances, ainsi que toutes les personnes que le
Président voudra y inclure.

Le Président Martelly et ses acolytes placés derrière lui veulent
jouer sur deux tableaux à la fois dans cette affaire d’armée. D’une
part, à l’oligarchie et aux compagnies multinationales intéressées à
venir piller le pays, ils vont offrir une armée docile et répressive,
garantissant leurs intérêts. D’autre part, ils vont concentrer tout le
pouvoir de l’Etat entre leurs mains. S’ils arrivent à mettre sur pied
le CNDS, il n’y aura plus besoin ni de parlement, ni de pouvoir
judiciaire, ni de gouvernement pour traiter de tous les grands sujets
pour lesquels ils doivent jusqu’à présent passer devant ces instances.

++ III. Quelle attitude les forces progressistes doivent-elles
adopter face à cette volonté de ressusciter une armée prête à employer
la manière forte ? ++

Les progressistes ne doivent pas prendre à la légère cette question
d’armée et ils ne doivent pas s’imaginer que l’international ne se
trouve pas derrière cette affaire. Depuis 1994, le pays est soumis à
un embargo sur les ventes d’armes. Aujourd’hui, on étudie la manière
de lever cet embargo. Dans la première phase de la tutelle, phase
durant laquelle on crée les conditions pour que les compagnies
multinationales viennent s’établir dans les 25 zones franches en
préparation, c’est la MINUSTAH qui a en mains la question de la
sécurité. Dans une deuxième phase de la tutelle, ce sera le
Département d’Etat des Etats-Unis qui s’en chargera au travers d’un
pouvoir et d’une armée à leurs ordres en Haïti. Ils ont confié à
Martelly et à son équipe le soin de tâter le terrain pour voir comment
régler cette affaire à l’avenir.
Aujourd’hui, les forces progressistes, qui essayent à nouveau de
s’organiser et de se lier davantage à la population, doivent
développer une véritable campagne de conscientisation et de
mobilisation contre la tutelle internationale, contre le retour d’un
pouvoir brutal à la tête de l’Etat et contre la présence de toute
forme d’armée répressive sur le territoire.
Astride MALEBRANCHE

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Sentinelle / Economie nationale
COUP D’ŒIL SUR L’HISTOIRE DE LA BANQUE D’ETAT EN HAÏTI.

C’est à partir de la présidence de Boyer que la création d’une banque
nationale au service du développement du pays a commencé à être
envisagée. Une loi fut alors votée à ce sujet. Mais l’affaire n’alla
pas plus loin. Sous le président Geffrard, on reparla de cette
question. Une nouvelle loi fut votée. Mais il n’y eut pas de
concrétisation en raison du manque de moyens financiers et des
troubles politiques de diverses sortes qui agitaient le pays à cette
époque. Sous le président Michel Domingue, Septimus Rameau, le pilier
du gouvernement, fit beaucoup d’efforts pour mettre en place une
banque nationale. C’est le président Salomon (1880) qui, à peine six
mois après son élection, aboutit à une entente avec des hommes
d’affaires français (le parti libéral, qui était dans l’opposition,
trouva cet accord suspect). Cela déboucha très rapidement sur la
création de la première banque du pays, qui prit le nom de « Banque
nationale d’Haïti ».

++ Ce pacte allait donner à cette banque un énorme avantage pour
réaliser de gros bénéfices, tant pour elle-même que pour ses
complices.++

Sur le papier, cette banque allait aider au développement du pays.
Elle allait distribuer du crédit, aider les producteurs, aider les
commerçants (article 14 du contrat). Elle allait aider le gouvernement
à chaque fois qu’il aurait besoin de faire un emprunt. Mais, en
réalité, tous les patriotes ont pu constater que le gouvernement et
des hommes puissants s’étaient entendus pour commettre des crimes
économiques et piller les ressources du pays. Sur le plan politique,
la banque représentait une atteinte importante à la souveraineté du
pays, puisqu’une société commerciale étrangère (française) s’était vue
accorder par le gouvernement Salomon le droit d’encaisser l’argent de
l’Etat et de réaliser toutes sortes de paiements à l’intérieur comme à
l’extérieur du pays (article 15 du contrat), tout en percevant une
grosse commission pour chaque transaction.

Cette institution allait se transformer en un Etat dans l’Etat. Des
écritures frauduleuses dans tous les sens allaient provoquer une série
de scandales : l’affaire du mandat utilisé deux fois, l’affaire des
fausses signatures, des chiffres truqués, l’augmentation exagérée des
taux d’intérêt, les gains illicites sur le dos de l’Etat haïtien.
C’est ainsi que le gouvernement de Nord Alexis se trouva obligé
d’organiser le « procès de la consolidation » pour juger les criminels
financiers durant l’année 1903/1904. C’est un des plus gros scandales
en matière de corruption que le système politique de l’oligarchie
mafieuse n’a pas pu étouffer. Cependant, la condamnation des
malfaiteurs n’a pas empêché certains d’entre eux de devenir
présidents.

La création de la Banque centrale et de la Banque nationale de crédit
Le 17 août 1979, deux lois ont été publiées. L’une d’elles portait sur
la dissolution de la BNRH (Banque nationale de la République d’Haïti)
par l’Etat haïtien, et son remplacement par deux nouvelles
institutions financières. D’une part, la BRH (Banque de la République
d’Haïti), qui allait avoir une fonction de banque centrale, et d’autre
part la BNC (Banque nationale de crédit), qui allait avoir une
fonction de banque commerciale d’Etat. L’autre loi avait pour objet la
création, l’organisation, la mission et le travail de la Banque
nationale (la Banque centrale).
Nous présentons ci-dessous la mission de la Banque de la République
d’Haïti (BRH). Dans un autre article, nous analyserons le bilan de son
travail après plus de 30 ans de fonctionnement. D’après la loi
organique qui définit l’organisation et le fonctionnement de la BRH,
il lui revient d’accomplir les dix principales tâches suivantes :
1. Promouvoir dans le domaine de l’argent (la monnaie), du crédit et
des relations entre la monnaie du pays et la monnaie des autres pays
(le change) les conditions les plus favorables au développement de
l’économie nationale ;
2. Encourager le développement et l’utilisation correcte et efficace
des ressource productives du pays ;
3. Adapter les moyens de paiement et la politique de crédit aux
besoins de développement de la production nationale afin de favoriser
la croissance de l’économie ;
4. Aider à éviter et combattre toutes tendances à la vie chère
(l’inflation), au marché noir, à la spéculation et aux erreurs qui
seraient nuisibles aux intérêts et au progrès de la nation ;
5. Conseiller le gouvernement en matière de politique monétaire, dans
le but de maintenir une stabilité correcte des prix à l’intérieur du
pays et de favoriser la croissance des transactions, du commerce et
des échanges avec les autres pays ;
6. Faciliter l’expansion du commerce intérieur et extérieur en vue de
contribuer à la croissance de l’emploi et de permettre au peuple de
gagner davantage (revenus divers, salaire).
7. Assurer la gestion des réserves de dollars que le pays doit
conserver dans ses caisses pour garantir l’exécution des principales
transactions qu’elle doit mener, veiller à l’application et au respect
de tout contrat et de toute disposition réglementaire concernant les
autres institutions financières.
8. Contrôler et orienter la circulation et la distribution du crédit.
9. Emettre, faire imprimer, des billets de banque, frapper des pièces
métalliques, et créer toute autre forme de monnaie facilitant
l’activité économique du pays.
10. Exercer le rôle de banquier de l’Etat, d’agent financier et fiscal
pour toutes ses transactions, ses opération de caisse et de crédit,
percevoir et encaisser les recettes de l’Etat, payer ses employés et
remplir les autres obligations afférentes que lui délègue l’Etat.

PLUS CELA CHANGE ET PLUS C’EST PAREIL. LA BANQUE NATIONALE A CHANGE DE
NOM PLUSIEURS FOIS, MAIS ELLE EST TOUJOURS DEMEUREE UNE INSTITUTION
MALFAISANTE, SOUMISE AUX INSTITUTIONS INTERNATIONALES ET UN INSTRUMENT
DE CORRUPTION AUX MAINS DU POUVOIR EN PLACE ET DE L’OLIGARCHIE.

JEAN-JACQUES BATRAVILLE

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Sentinelle / Contexte international
QUELLES AFFAIRES LES PAYS D’AMERIQUE LATINE SONT-ILS VENUS REGLER EN
HAÏTI AVEC LA MINUSTAH ?

Nous remarquons que, depuis l’arrivée de la MINUSTAH en 2004, on
trouve en première ligne une série de pays d’Amérique latine. C’est
l’armée brésilienne qui a pris le commandement des troupes militaires
 ; c’est toujours un Latino-Américain que le Conseil de sécurité de
l’ONU nomme chef de la mission civile. Cependant, tout le monde sait
que ce sont les Etats-Unis qui pilotent et qui contrôlent la mission.
Lorsqu’on se rappelle ce que les pays de la région ont subi et
continuent à subir sous la férule de l’impérialisme américain, il est
normal de se demander dans quelle bizarrerie nous nous trouvons pris !
Quel intérêt ces pays ont-ils à venir aider les Américains à renforcer
encore davantage leur domination sur Haïti ?

++ Haïti se trouve dans la même région que les pays d’Amérique latine
mais n’a pas la même histoire qu’eux.++

Après la révolution anticolonialiste et antiesclavagiste d’Haïti,
l’Empereur Dessalines et le Président Pétion ont aidé beaucoup de
révolutionnaires de la région, tels que Bolivar et Miranda, à aller
libérer leur pays de la colonisation européenne, en fixant comme
condition qu’ils abolissent l’esclavage après avoir remporté la
victoire.
Dans les autres révolutions qui se sont déroulées en Amérique latine,
ce sont les colons qui se sont soustraits à la domination de l’Europe
et qui ont proclamé l’indépendance de leur pays ; mais ils n’ont pas
libéré les esclaves africains et les Indiens. Cela s’est passé de la
même manière qu’aux Etats-Unis, où l’esclavage n’a été aboli qu’en
1865. En outre, après leur libération, beaucoup de pays de la région
n’ont pas reconnu tout de suite l’indépendance d’Haïti afin de ne pas
entrer en conflit avec les Etats-Unis. Et lorsque l’Organisation
panaméricaine a été fondée en 1825, Haïti n’a pas été invité à y
participer, toujours sous la pression des Etats-Unis.
Par conséquent, le début de l’histoire de nos relations avec les pays
d’Amérique latine a été marqué par des trahisons. Par ailleurs, pour
un ensemble de raisons qui ont à voir avec la culture et avec le
racisme des Américains et des Européens, Haïti n’a jamais pu occuper
dans le monde capitaliste le même rang que beaucoup d’autres pays de
la région.

Dans beaucoup de pays de la région, les élites économiques ont fait
alliance avec les élites politiques en vue de s’intégrer complètement
à la mondialisation néolibérale.
Durant la période 1945-1970, une série de pays de la région, comme le
Brésil, l’Argentine, le Mexique, le Chili, l’Uruguay et le Panama, ont
connu des avancées importantes dans les domaines agricole, industriel
et commercial ; ils ont également renforcé leur appareil d’Etat. Dans
ces pays, l’Etat a permis aux élites économiques et aux
multinationales de prendre le contrôle de la majorité des terres.
Parmi ces pays, nombreux sont ceux qui ont participé à une rencontre
tenue à Washington en 1989, durant laquelle ils se sont mis d’accord
avec les Américains, les Canadiens, les Européens et les agences
internationales de financement sur une politique visant à étendre
l’économie néolibérale dans le monde. Ce sont ces mêmes pays, toujours
accompagnés des Etats-Unis et du Canada, qui allaient amener l’OEA à
voter en 1990 le document de la charte démocratique, qui accorde à
cette organisation régionale le droit d’intervenir dans tout pays de
la zone où la démocratie serait en danger. Mais, pour eux, la
démocratie, c’est :
1) des élections de temps en temps ; 2) la libéralisation du commerce
 ; 3) la réduction des Etats à la portion congrue afin de livrer les
pays au secteur privé local et aux multinationales.

La majorité des élites économiques et politiques de beaucoup de ces
pays d’Amérique latine considère que leur développement ne peut
emprunter qu’une seule voie : celle qui consiste à devenir des pays
émergents, c’est-à-dire des pays impérialistes, comme les Etats-Unis,
la France, le Japon, l’Allemagne, le Canada etc.
Ces pays d’Amérique latine ne peuvent pas entrer dans la ronde des
malfaiteurs sans se couvrir de sang !

Les pays tels que le Brésil, le Chili, l’Uruguay et l’Argentine ont
envoyé des militaires en Haïti pour participer à la MINUSTAH afin
qu’ils s’entraînent sur le terrain à menacer et réprimer les autres
peuples de la région. Il s’agit là d’une condition pour être admis
dans le cercle des pays impérialistes qui pillent les richesses
mondiales. C’est pour cela aussi que nous pouvons remarquer que,
depuis 2004, beaucoup de produits provenant de ces pays sont en vente
sur le marché haïtien. De la même manière, nous voyons que des
compagnies de ces pays obtiennent beaucoup de contrats dans le domaine
des infrastructures pour des routes et des ponts.
Quant à la République dominicaine, même si elle n’a pas de troupes en
Haïti, elle est presque devenue le lieutenant des Etats-Unis dans le
pays ; elle garantit ainsi une partie de leurs débouchés à ses
industriels et à ses entreprises.

Ceci dit, il faut prendre garde à ne pas faire de confusion : la
présence des médecins cubains et le travail de coopération accompli en
Haïti par le gouvernement du président Chavez n’ont rien à voir avec
la MINUSTAH. Ces actions entrent dans le cadre de la solidarité des
peuples de Cuba et du Venezuela avec le peuple haïtien. Mais,
malheureusement, Cuba et le Venezuela n’ont jamais voulu admettre qu’à
un certain moment le pouvoir d’Aristide et celui de Préval n’avaient
plus rien à voir avec le peuple ; ils ne s’occupaient plus que de
gérer les affaires de l’oligarchie et de l’impérialisme.

La stratégie en vue de la désoccupation du pays et du départ de la
MINUSTAH ne se joue pas seulement à l’intérieur du pays. Les
progressistes et les patriotes ont un travail à accomplir au côté des
mouvements populaires des pays d’Amérique latine qui se sont le plus
impliqués dans la MINUSTAH afin qu’ils exercent des pressions sur
leurs Etats pour qu’ils retirent leurs troupes et cessent de renforcer
la domination étrangère sur Haïti.
Jean-Jacques AINE

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Sentinelle / Connaissance
Dans ce numéro 7 du volume II, Sentinelle du Peuple apporte un
éclairage à ses amis et lecteurs sur le mot clé « progressiste ».

Un mouvement progressiste est un mouvement qui rassemble plusieurs
réseaux d’organisations sociales et politiques, comprenant des femmes
et des hommes qui, par leurs actions, leur pratique quotidienne ainsi
que par les idées et les valeurs qu’ils défendent, montrent leur
volonté et leur détermination à établir le progrès social dans les
différents pays.

Le progrès, c’est lorsqu’on passe d’un état à un autre qui est
meilleur. Selon les continents et les pays, le progrès peut avoir des
contenus différents et passer par des chemins divers, car ils n’ont
pas la même histoire et ne vivent pas la même réalité. Mais, pour les
uns comme pour les autres, le progrès est lié aux avancées de la
science dans la société, aux développements techniques et à
l’invention de nouvelles manières rationnelles de faire les choses.
Aujourd’hui, nous savons que pour qu’un progrès soit durable, il faut
qu’il soit lié à la culture locale, qu’il ne perturbe pas trop la
nature et qu’il ne signifie pas une atteinte aux droits humains.
Le progrès social, c’est tout progrès visant une amélioration réelle
et stable des conditions de vie de toute la population au niveau
social, économique, politique et culturel. Quand on œuvre au progrès
social, on cherche toujours à réduire les inégalités qui, de plusieurs
points de vue, opposent entre elles les diverses catégories sociales
qui composent une société. Le progrès social recouvre ainsi :

- Le droit du pays et du peuple à choisir l’orientation qu’ils veulent
suivre et à faire ce qui bon leur semble de leur ressources et de leur
richesses ;
- La démocratie, la transparence, et des droits identiques pour toutes
les catégories de personnes régies par le même pouvoir d’Etat ;
- La mise en place d’un système de santé, d’éducation et de logement ;
- Maintenir un système de sécurité sociale et de sécurité alimentaire
qui soit performant et accessible à toutes les catégories sociales
vivant dans le pays, et tout particulièrement à celles qui sont les
plus vulnérables ;
- Etablir un système judiciaire respectant et protégeant les droits
civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de tous les
citoyens et de toutes les citoyennes sans distinction ;
- Créer les conditions pour que les citoyens et les citoyennes aient
la possibilité d’exprimer leurs choix et leurs idées en toute liberté
et pour que les groupes sociaux ayant des intérêts différents puissent
discuter entre eux.

Le type de progrès social pour lequel luttent les progressistes peut
présenter des différences d’une époque à l’autre. C’est ainsi que dans
l’histoire d’Haïti, nous avons connu plusieurs mouvements
progressistes, et que leurs dirigeants menaient des luttes prenant des
formes diverses et visant certains des objectifs mentionnés plus haut.
Pour le 19e siècle, on peut citer les noms d’Edmond Paul, Hannibal
Price et Anthénor Firmin. Pour la première moitié du 20e siècle, les
noms de Georges Sylvain, Jean Price-Mars, Dantes Bellegarde, Jacques
Roumain, Max Hudicourt. Pour le début de la seconde moitié du 20e
siècle, citons entre autres : Etienne Charlier, Jacques Stephen
Alexis, Yanick Rigaud, Gérald Brisson.
Dans cette liste de quelques progressistes haïtiens, on trouve des
démocrates qui, en outre, travaillaient également pour défendre le
droit de l’Etat à l’indépendance et pour que l’Etat soit davantage au
service de la société. En plus d’être des démocrates, certains de ceux
qui apparaissent dans cette liste étaient de véritables militants
socialistes, qui luttaient pour que les moyens de production ne soient
plus entre les mains d’une petite minorité mais deviennent la
propriété de la société. C’est-à-dire que les militants progressistes
peuvent appartenir à différents courants de pensée politique.
Dans un pays, il est possible d’aboutir à l’établissement du progrès
social de diverses manières :
- Des négociations au sein de la société, dans les différentes
branches de l’Etat, un préalable étant que l’action des mouvements
sociaux ait réussi à imposer ces négociations.
- Une ou plusieurs organisations politiques, implantées dans la
population, remportent le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif,
et décident de faire passer des lois et de créer des institutions afin
de mettre en œuvre ces progrès sociaux.
- Le développement d’un mouvement social progressiste qui, au travers
d’un affrontement avec l’Etat anti-changement, arrive à le renverser
et prend le pouvoir pour mener des transformations sociales,
économiques, politiques et culturelles.
Mais quelle que soit la forme sous laquelle le progrès social
s’établit dans un pays, cela ne peut jamais se faire du jour au
lendemain. Il faut plusieurs dizaines d’années de travail de la
population, agissant en liaison avec les dirigeants de l’Etat, pour
que les progrès commencent à s’imposer. Pour que le progrès social
soit durable, il doit s’accompagner du développement économique du
pays.

Rose ALMONACY

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