Ligue Haïti
Broutons hors du territoire national les Impérialistes Français,Américains,Canadiens et leurs laquais tapis à travers la Minustha

Accueil > National > Compte rendu de la délégation de la Commission Internationale d’Enquête (CIE) (...)

Compte rendu de la délégation de la Commission Internationale d’Enquête (CIE) sur Haïti

mardi 20 septembre 2011, par CIE-HaIti

Compte rendu de la délégation de la Commission Internationale d’Enquête (CIE) sur Haïti auprès des représentants de l’ONU à New York le 25 août 2011

1/ Introduction

Le jeudi 25 août 2011, une délégation de quatre membres de la Commission Internationale d’Enquête sur Haïti (CIE-Haïti) s’est retrouvée au siège de l’ONU avec Ugo Solinas, Chef de l’observatoire sur Haïti, de la division Europe et Amérique Latine et du Département de l’ONU des opérations de maintien de la paix (DOMP, DPKO en anglais) et deux autres responsables aux affaires politiques du DOMP basés à Haïti : Tatiana Auguste et Patrick Mein.

La délégation de la CIE-Haïti était composée des quatre membres suivants :

Fignolé St Cyr, Président de la CATH (Confédération Autonome des Travailleurs Haïtiens) et organisateur de la Commission de suivi de la Commission Internationale d’Enquête sur Haïti.

Jocelyn Lapitre, membre de la CIE Haïti, Représentant du LKP (Coalition contre l’Exploitation), Guadeloupe, membre de la Commission Exécutive de Travayé é Péyizan (Guadeloupe) et membre de l’Association des Travailleurs et des Paysans de la Caraïbe (ATPC)

Colia Lafayette Clark, membre de la CIE-Haïti, co-organisatrice, membre du comité de la tournée Guadeloupe-Haïti USA

Alan Benjamin, co-organisateur, membre du comité de la tournée Guadeloupe-Haïti USA, Entente Internationale des Travailleurs (EIT).

Un autre membre de la délégation CIE-Haïti – Adriano Diogo, Député PT (Parti des Travailleurs) de l’état de Sao Paulo, Brésil – pensait pouvoir venir à New York pour la rencontre aux Nations Unies. Mais il n’a pas pu se joindre à la délégation car la confirmation de l’ONU que l’entrevue avec de hauts responsables du Département des opérations de maintien de la paix aurait lieu le 25 août n’a été donnée que le lundi 22 août, ce qui n’a pas laissé suffisamment de temps au député Diogo pour se procurer son billet d’avion et prendre les mesures nécessaires en fonction de son emploi du temps de député. Cela dit, il a envoyé un message pour l’entrevue avec les représentants des Nations Unies, message reproduit dans l’annexe N°1 de cette déclaration.

De plus, deux observateurs haïtiens participaient à la réunion : Jean Sénat Fleury, avocat et ancien juge à Haïti et Karl-Henry Pericles, Président de La Tribune Nationale de la Jeunesse Haïtienne (TNJH).

La délégation de la CIE-Haïti souhaite remercier toutes les organisations et tous ceux qui ont permis que la délégation soit reçue aux Nations Unies. Cela faisait deux ans sans interruption que la CIE-Haïti voyait opposer une fin de non-recevoir à ses demandes.

C’est seulement après une série d’appels et de lettres à l’ONU émanant d’ élus du Parti des travailleurs du Brésil – et plus de 100 signatures de hauts responsables syndicaux et politiques du monde entier soutenant la lettre ouverte au Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon – que les responsables de l’ONU ont accepté d’accorder une entrevue à la délégation de la CIE-Haïti.

La confirmation officielle que l’entrevue était accordée n’est parvenue que le lundi 22 août – trois jours précisément avant la date demandée par les coordinateurs de la CIE-Haïti dans leur lettre du 5 juillet au Secrétaire général Ban Ki-Moon.

L’entrevue entre la délégation de la CIE-Haïti et les représentants du Département de l’ONU pour les opérations de maintien de la paix (DOMP) a duré 75 minutes. Alors que cette entrevue n’a pas été enregistrée à la demande de Ugo Solinas, afin que les « deux parties puissent avoir un échange plus franc et amical », les délégués de la CIE-Haïti ont pris des notes détaillées qu’ils ont ensuite rassemblées à l’issue de l’entretien afin de rédiger ce rapport complet sur la réunion et la teneur de l’entretien.

Fignolé St Cyr, président de la confédération CATH fut le premier à prendre la parole. Il résuma les résultats de l’enquête menée par la Commission internationale d’enquête sur Haïti qui s’était tenue du 16 au 20 septembre 2009 à Port -au- Prince. Il ajouta des détails et des conclusions préparés par la Commission de suivi de la CIE-Haïti dont il est président.

St Cyr insista sur les points suivants :

- Il n’existe pas de « problèmes de sécurité » à Haïti. Le problème majeur, c’est l’occupation qui dure depuis sept ans et demie par les troupes de l’ONU – sous l’égide des États Unis, de la France et du Canada – visant à favoriser la politique des institutions financières internationales, c’est-à-dire du FMI et de la Banque mondiale.

- Le message le plus important que veut faire entendre le peuple haïtien, c’est que la force MINUSTAH des Nations Unies est une force d’occupation qui, au lieu d’aider à assurer la sécurité et la stabilité d’Haïti ou de renforcer les institutions propres d’Haïti, renforce en fait l’insécurité, l’instabilité et détruit les institutions et la souveraineté d’Haïti.

- Le principal message du peuple haïtien est que les troupes de l’ONU doivent partir immédiatement afin qu’Haïti puisse retrouver sa souveraineté et disposer de son sort.

- Les institutions financières internationales imposent un gouvernement de fait à Haïti, la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH), présidée par Bill Clinton, qui se consacre entièrement à la mise en œuvre de la politique des entreprises multinationales. Au titre des prétendues lois HOPE, la CIRH doit promouvoir « les zones de libre échange ». En fait, il s’agit de zones d’exploitation maximum où les salaires ne dépassent pas 3 dollars par jour et où les seuls syndicats ayant droit de cité sont les syndicats patronaux.

- Quant aux troupes de l’ONU/MINUSTAH, elles sont responsables d’une série d’abus commis envers le peuple haïtien. Les soldats violent les femmes haïtiennes. Ils répriment les travailleurs et les manifestants qui demandent le respect de la loi de 2009 sur le salaire minimum ou qui demandent des augmentations du salaire minimum. Ils répriment les militants politiques qui demandent le retour à la démocratie politique en Haïti afin que tous les candidats puissent se présenter aux élections. (Les dernières élections à Haïti qui se sont tenues sous la surveillance de la MINUSTAH ont été truquées, elles sont massivement rejetées par le peuple haïtien). Ils répriment les étudiants de l’Université Nationale qui se battent pour défendre leur université.

- Les soldats de la MINUSTAH sont responsables de l’épidémie de choléra qui a causé la mort d’au moins 7 000 personnes – selon les propres chiffres de l’ONU – avec l’éventualité qu’environ 100 000 personnes de plus aient contracté la maladie. Les Nations Unies ont longtemps nié que leurs troupes étaient responsables de l’épidémie de choléra mais il est maintenant prouvé sans aucun doute possible que ce sont les soldats de l’ONU népalais qui ont apporté le choléra.

Qu’est-ce que l’observatoire pour Haïti du Département des opération du maintien de la paix peut dire sur ce sujet ? La délégation de la CIE-Haïti est ici pour exiger réparation pour plus de 7 000 familles touchées par le choléra.

- Quant à la situation du logement à Haïti, ce sont plus de 650 000 familles qui, 18 mois après le séisme, vivent encore dans des tentes, dans des conditions inacceptables. Cela représente quelque 1,5 à 3 millions de personnes. Un très grand nombre d’entre elles refusent de vivre dans les conditions inhumaines dans les camps de toile où l’épidémie se propage. Elles sont obligées de vivre dans des abris de fortune en carton dans des conditions encore plus inhumaines.

L’ONU avait prétendu que des règles strictes sur l’évacuation des égouts des troupes de l’ONU seraient mises en place mais, il y seulement deux semaines, des rapports ont fait état de rejets massifs de matières fécales des forces d’occupation de l’ONU sur le Plateau Central – rejet qui contamine les rivières et l’eau potable d’un grand nombre d’Haïtiens.

C’est une situation intolérable. L’occupation par les troupes de l’ONU doit immédiatement cesser.

3/ Intervention de Jocelyn Lapitre

Ensuite c’est Jocelyn Lapitre, de Guadeloupe, qui a pris la parole.

Il a commencé par présenter à Ugo Solinas du DOMP de l’ONU le rapport complet de la CIE-Haïti. [Voir la photo ci-jointe ; on voit Jocelyn Lapitre (à gauche) qui remet le rapport à M Solinas]

Lapitre insista sur une conclusion essentielle des constats de la CIE-Haïti, à savoir que les troupes de l’ONU/MINUSTAH sont des troupes d ’occupation qui doivent quitter immédiatement Haïti afin qu’Haïti puisse recouvrer sa souveraineté et son autonomie de gouvernement.

Lapitre insista pour dire qu’il faut que les 700 millions de dollars et plus dépensés annuellement pour financer les troupes d’occupation des Nations Unies aillent à la construction d’écoles, d’hôpitaux, à la formation d’ingénieurs haïtiens et, plus important encore, à la création de véritables emplois avec des salaires permettant de vivre. Ce dont Haïti a besoin c’est d’une véritable reconstruction, d’un vrai développement où les Haïtiens eux-mêmes – et pas les entreprises multinationales ou les institutions financières internationales – décident quelles sont leurs priorités de développement.

Il insista sur les abus répétés commis par les troupes des Nations Unies, depuis le harcèlement quotidien des citoyens qui se retrouvent avec une baïonnette pointée sur le ventre s’ils osent protester contre la situation inhumaine qui leur est faite, jusqu’aux assassinats de manifestants en passant par le viol des jeunes filles, et il fit observer que les soldats des Nations Unies se considèrent au-dessus des lois. Tous ces crimes restent impunis.

4/ Intervention de Colia Lafayette Clark

Ensuite, ce fut Colia Lafayette Clark qui prit la parole.

Elle rapporta que, lors des audiences que la Commission internationale d’enquête-Haïti avaient tenues en Septembre 2009 à propos des forces de l’ONU/MINUSTAH, les Haïtiens avaient posé des questions simples à la commissions d’enquête, entre autres :

Pourquoi la MINUSTAH prend-elle nos chèvres ? Quand nous nous plaignons qu’on prend nos chèvres, pourquoi les soldats de la force de maintien de la paix nous battent et nous arrêtent ?

Pourquoi la MINUSTAH tue nos enfants ?

Pourquoi les soldats de la force de maintien de la paix viennent-ils chez nous, nous harceler avec leurs armes, pourquoi ils nous battent, pourquoi ils nous mettent en prison ?

Pourquoi la MINUSTAH viole nos femmes et nos enfants ?

Pourquoi la MINUSTAH refuse d’entamer des poursuites en justice pour obtenir des compensations financières pour permettre aux femmes qui se sont retrouvées enceintes après avoir été violées par les soldats de la force de maintien de la paix de la MINUSTAH d’élever leurs enfants ?

Pourquoi la MINUSTAH n’empêche pas le trafic d’enfants destinés à la prostitution ?

Pourquoi nous n’avons pas de logements alors qu’on a promis des milliards de dollars et qu’ils ont été envoyés à Haïti ?

Nos enfants meurent de faim. Nous leur donnons à manger ce que nous pouvons une fois par jour, parfois tous les deux jours.

Pourquoi la MINUSTAH ne nous aide pas en nous donnant les fonds dont nous avons besoin pour instruire nos enfants ? Nous les envoyons à l’école quand nous le pouvons.

Pourquoi ne méritons-nous pas le droit de nous syndiquer pour défendre nos intérêts en tant que travailleurs ? On a rapporté des cas où des personnes ont été battues, tuées, violées et nous avons le cas d’un psychologue bien connu, militant local, qui a disparu. Les gens se demandent pourquoi sa voiture aussi a disparu.

Ce sont là les questions simples et les préoccupations d’un peuple parfaitement capable d’assurer le maintien de l’ordre.

La première démocratie au monde (qui a mis fin à l’esclavage sous toutes ses formes lors de son indépendance en 1804) a toutes les compétences et les capacités d’assurer le maintien de l’ordre et de se gouverner sans intervention d’institutions et de nations extérieures.

Ce dont Haïti a besoin c’est de la présence des Haïtiens et de personnes qui sont comme des Haïtiens, qui dirigent des institutions d’aide sociale et des programmes de gouvernement.

Ce dont Haïti a besoin c’est que soit lancé un programme national de travaux publics pour reconstruire les infrastructures, tout le système sanitaire, les communications, les écoles publiques, des programmes d’alphabétisation, des hôpitaux et des dispensaires publics. Haïti a besoin d’accroître sa production locale. Haïti a besoin d’investissements pour que soit assurées son auto-suffisance alimentaire et sa souveraineté sur ses sources d’énergie. Haïti a besoin de développer sa production propre grâce à une création massive d’emplois.

Haïti a besoin d’aide, d’une reconstruction et d’un re-développement élaborés par des Haïtiens et pas par USAID, pas par les Nations Unies ou par la « communauté internationale »

Haïti possède les talents, les savoir-faire ainsi que la détermination de construire la République d’Haïti. Après tout, Haïti a été construite par les Haïtiens libérés de l’esclavage en 1804.

5/ Réponse d’ Ugo Solinas

A ce point de la discussion, Ugo Solinas demanda la parole afin de pouvoir répondre aux questions et aux points soulevés par la délégation de la CIE-Haïti. Vous trouverez ci-dessous les remarques de Solinas sur la base des notes prises par la délégation :

- Vous soulevez des questions et des préoccupations réelles. Ce sont certains des problèmes auxquels j’ai dû me confronter durant les quatre années où je me suis occupé des opération de maintien de la paix au Congo.

De toute évidence, les problèmes auxquels les Haïtiens sont confrontés sont également du domaine social et économique. Mais les opérations de maintien de la paix de l’ONU ont un mandat et un objectif très limités qui est d’aider à assurer un niveau minimum de sécurité afin que les institutions d’Haïti puissent être renforcées.

En ce sens j’ai une bonne nouvelle et une mauvaise nouvelle pour vous.

La bonne nouvelle, c’est que le 1er septembre, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-Moon présentera un rapport dans lequel sera annoncée la stratégie de retrait des forces de maintien de la paix d’Haïti. Le Ministre brésilien de la défense, Celso Amorim, a fort justement déclaré qu’il était temps pour les troupes de la MINUSTAH de se retirer d’Haïti. Les forces du DOMP n’étaient pas destinées à rester à Haïti de façon permanente et indéfinie.

Voilà pour la bonne nouvelle. Mais la mauvaise nouvelle, au moins de votre point de vue peut-être, c’est que les forces de maintien de la paix ne vont pas quitter Haïti demain. Cela ne se fera pas tout de suite. Ce sera un processus graduel de retrait des troupes sur la base d’objectifs d’étape qui devront être atteints avant que l’on puisse effectuer un retrait progressif des troupes.

Je crois que nous partageons le même point de vue. Nous partageons les mêmes préoccupations. Mais il nous appartient de faire les choses correctement avec des objectifs bien définis et une stratégie de retrait claire. C’est ce que le Secrétaire général va indiquer le 1er septembre afin que nous ne soyons pas obligés de revenir. Au cours des 20 dernières années, il y a eu sept missions distinctes de l’ONU en Haïti. Si nous n’aidons pas à consolider les institutions d’Haïti – la PNH (police nationale d’Haïti) et le CEP (le Conseil électoral provisoire) etc – si nous ne stabilisons pas la situation en termes de sécurité, nous serons obligés de revenir. C’est pourquoi nous ne pouvons pas précipiter le départ des forces de maintien de la paix de la MINUSTAH. Nous voulons que ce soit la dernière mission des Nations Unies à Haïti.

Pour ce qui est des questions plus précises que vous avez posées : il est vrai que notre opération de maintien de la paix à Haïti n’a pas obtenu tous les résultats que nous espérions. Par exemple, la façon dont les dernières élections se sont tenues était loin d’être idéale. Notre rôle a été d’aider à construire une force de police nationale. A cet égard, nous n’avons pas réussi à atteindre notre objectif d’une force de police nationale de 14 000 hommes.

Mais vous devez garder à l’esprit qu’il faut être deux pour discuter. Nous voulons travailler avec le gouvernement haïtien mais ce n’est pas toujours facile. Les institutions d’Haïti ont encore besoin d’être renforcées.

Pour ce qui est de la proposition que les troupes de la MINUSTAH quittent immédiatement le pays afin que les 700 millions de dollars alloués annuellement pour les opérations de maintien de la paix à Haïti soient employés à la reconstruction des écoles, des routes, des hôpitaux et des logements, j’ai un certain nombre de remarques à faire :

a/ D’abord, le Secrétaire général va annoncer que, sur les 4 000 soldats supplémentaires amenés après le séisme du 12 janvier 2010, 2 000 vont être retirés, mais nous allons maintenir les quatre unités techniques avec leur contingents de 600 ingénieurs. Ce sont des unités qui contribuent à la reconstruction des infrastructures d’Haïti. Donc, tout bien considéré, nous favorisons la reconstruction alors que nous entamons le retrait des troupes.

b/ Comme je l’ai dit, le mandat du DOMP est très restreint. Il ne nous appartient pas de traiter les problèmes du développement économique et social. Ce sont d’autres agences de l’ONU et d’autres institutions internationales qui ont ces responsabilités. A l’ONU nous avons des financements distincts pour chacune de ces missions.

c/ Il faut être clair sur un point : les 700 millions de dollars affectés à notre DOMP à Haïti sont dérisoires comparés aux 10 milliards de dollars de promesse d’aide à la reconstruction d’Haïti de la part des gouvernements et des institutions internationales. Notre agence n’est pas celle à laquelle il faut vous adresser concernant vos préoccupations sur les problèmes que vous voyez en relation avec les programmes de reconstruction et de développement pour Haïti. Nous ne pouvons pas mélanger les sources de financement.

A présent, concernant la conduite de certains soldats des forces de maintien de la paix en Haïti, il est clair qu’il y a eu des exemples de mauvaise conduite.

Il faut que vous sachiez cependant que 160 Sri Lankais ont été rapatriés après que les incidents relatifs aux viols eurent été rapportés aux autorités de notre mission. Vous demandez punition et réparation. Mais l’ONU ne peut pas entreprendre ce genre d’action. Il appartient aux états-membres qui ont envoyé ces unités de le faire. Nous pouvons faire des recommandations mais c’est tout. De même, le Conseil de sécurité ne peut pas voter les réparations. Si cela devait se produire, cela serait de la compétence de chaque état membre.

Je le répète, nous ne sommes pas aveugles sur tous ces problèmes. Soyez assurés que nous sommes attentifs à ce que vous avez à dire. Nous vous remercions d’être venus présenter votre point de vue et engager cette discussion franche.

6/ Réponse de Fignolé St Cyr

A ce stade et bien que les intentions des représentants de l’ONU étaient clairement de conclure l’entrevue, Fignolé St Cyr est intervenu pour répondre à certaines des remarques faites par Ugo Solinas.

St Cyr a d’abord indiqué que la « mauvaise nouvelle » et la « bonne nouvelle » présentées par Ugo Solinas revenaient au même : Haïti va rester un pays occupé pour un avenir indéterminé. Sa souveraineté et son droit à l’auto-détermination vont continuer à être violés.

Il est impossible de séparer le problème du développement économique, social et politique, de celui de la sécurité et de la stabilité. Si un parti politique de masse dans le pays est interdit et que ses représentants ne peuvent pas se présenter aux élections, c’est une cause d’instabilité quels que soient tous les discours que l’on fasse sur « le renforcement des institutions politiques d’Haïti ».

Si le développement d’Haïti continue à lui être refusé par des institutions internationales, décidées à ce que Haïti demeure un lieu de sur-exploitation, un atelier pour les industries textiles sud-coréennes ou autres avec une main d’œuvre aux conditions de travail proche de l’esclavage, alors l’insécurité et l’instabilité persisteront.

S’il n’y a ni punition ni réparation pour les crimes abominables commis contre le peuple d’Haïti par les troupes de l’ONU/MINUSTAH, l’insécurité persistera. C’est la MINUSTAH qui est cause de l’insécurité et de l’instabilité. Si l’ONU se préoccupe vraiment de ces deux problèmes, elles doit retirer ses troupes immédiatement et pas dans un avenir indéterminé.

Enfin, concernant les 10 milliards de dollars d’aide à la reconstruction d’Haïti, St Cyr a déclaré avec colère que s’il y a eu quelque chose, pratiquement rien de cette aide n’est parvenu – les sources officielles prétendent que moins d’un tiers de cette somme a été effectivement envoyé par les gouvernements et les institutions – à l’immense majorité des 10 millions de personnes qui vivent à Haïti. Cet argent semble s’être retrouvé dans les poches des milliers d’ONG qui, pour la plupart, ne font pas grand chose pour améliorer les conditions de vie des gens sur le terrain.

St Cyr a posé la question : les Haïtiens veulent savoir où est allé tout cet argent et pourquoi ils n’en n’ont pas bénéficié.

7/ RÉPONSE DE JOCELYN LAPITRE

Jocelyn Lapitre a alors pris la parole pour répondre à Ugo Solinas.

Il a déclaré que le délégation de la CIE-Haïti ne veut pas de demi-mesures, ni une soi-disant stratégie de sortie.

Toute solution autre que le retrait immédiat des troupes revient à continuer à fouler aux pieds la souveraineté d’Haïti. Le peule haïtien est parfaitement capable de se gouverner lui-même.

Il demanda à Ugo Salinas, vu qu’il avait déclarer « partager les mêmes préoccupations » que celles exprimées dans un grande nombre des questions posées par la délégation de la CIE-Haïti, de s’adresser au Secrétaire général afin que la délégation soit autorisée à présenter ses conclusions à l’Assemblée générale ou au Conseil de sécurité.

[Cette dernière intervention suscita aussitôt la réponse « Ce sera impossible » de la part d’Ugo Solinas].

Suite à ces remarques Ugo Solinas fit valoir qu’il était temps de clore cette rencontre. Il déclara qu’il y avait eu un échange productif et que son bureau resterait ouvert à la délégation de la CIE-Haïti à l’avenir.

A cette étape, la délégation de la CIE-Haïti a pris une photo du groupe en compagnie des représentants de l’ONU [Cf. photo jointe. De gauche à droite : Jocelyn Lapitre (CIE-Haïti), Tatiana Auguste (ONU DOMP), Alan Benjamin (CIE-Haïti), Fignolé St Cyr (CATH-Haïti), Jean Sénat Fleury (observateur), Ugo Solinas (ONU DOMP), Colia Clark (CIE-Haïti), Karl-Henry Pericles (observateur), Patrick Mein (ONU DOMP).]

8/ PREMIÈRES CONCLUSIONS ET PROCHAINES ÉTAPES

Lors d’une réunion de bilan tenue à la suite de la délégation à l’ONU, la délégation de la CIE-Haïti tira la conclusion que la rencontre avec les hauts responsables de l’ONU marquait un important pas en avant dans la campagne internationale menée en défense de la souveraineté du peuple haïtien et de son droit à disposer de lui-même, pour le retrait immédiat des troupes d’Haïti.

A cet égard, la délégation de la CIE-Haïti s’est engagée à redoubler ses efforts dans la poursuite de sa campagne pour le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les troupes de l’ONU/MINISTAH d’Haïti.

Comme première étape, elle a décidé de publier un rapport complet de sa rencontre avec les représentants de l’ ONU DOMP, en créole, en espagnol,en anglais et en français, et d’appeler tous ceux qui qui soutiennent la démocratie et le droit du peuple haïtien à disposer de lui-même à participer à la réussite de deux événements internationaux décisifs en soutien au peuple d’Haïti.

1) Le Sommet continental pour le retrait immédiat des troupes de l’ONU d’Haïti, prévu à Sao Paulo, au Brésil le 29 octobre 2011.

2) La Conférence des peuples et des travailleurs de la Caraïbe, qui doit se tenir à Cap Haïtien, les 16-18 novembre 2011 à l’initiative de la confédération syndicale CATH et de l’Association des peuples et des travailleurs de la Caraïbe (ATPC).

* * * * * * * * * *

ANNEXE NO. 1

Message du député d’état brésilien du PT Adriano Diogo à la délégation de la CIE-Haïti qui rencontrera les représentants de l’ONU à New York.

Chers camarades qui menez la campagne pour exiger le retrait des troupes de l’ONU d’Haïti.

Bien que je ne sois pas en mesure d’être présent à la rencontre prévue entre la délégation de la Commission internationale d’enquête sur Haïti et les représentants des Nations Unies, je tiens à vous faire savoir que le peuple brésilien est solidaire de votre cause.

Haïti n’a pas besoin de troupes et de soldats d’autres pays.

Haïti a besoin de médecins, de coopération humanitaire internationale et d’efforts pour construire son organisation politique et la société civile

Haïti n’ a pas besoin et ne veut pas de troupes étrangères

Nous, Brésiliens, avons honte que les forces armées brésiliennes soient à la tête des troupes d’occupation.

Le peuple brésilien s’organise en différents secteurs en vue de lancer une large mobilisation pour exiger le retrait des troupes brésiliennes d’Haïti.

Les 2 & 3 septembre, nous serons à Brasília à la Conférence nationale du Parti des travailleurs (PT) où nous mettrons cette question à l’ordre du jour.

Au moment où le monde constate l’intervention d’armées de mercenaires sur plusieurs continents, nous comprenons que la présence de telles troupes ouvre la voie à l’action de forces de sécurité professionnelles multinationales.

Tenez bon, la barbarie ne l’emportera pas.

Vive la lutte des travailleurs en Haïti et à travers le monde.

Adriano Diogo

Député d’état

Parti des travailleurs (PT)

Sao Paulo, BRÉSIL

Répondre à cet article