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Le rôle croissant du Canada dans les affaires d’Haïti

vendredi 25 mars 2005, par Anthony Fenton

Le gouvernement canadien donne suite à son engagement en Haïti de « prendre les devants » au nom de l’administration Bush. Cela fait presque un an depuis que l’essence de cette requête fut étalée au grand jour lors d’audiences du Comité parlementaire permanent sur les affaires étrangères.

Durant l’une des nombreuses réunions qui se sont tenues un mois après la destitution du président Jean-Bertrand Aristide, Carlo Dade de FOCAL (Fondation canadienne pour les Amériques), un groupe de réflexion sur la politique hémisphérique financé par le gouvernement canadien, avait ceci à dire le 1er avril 2004 : « Les États-Unis verraient d’un bon oeil un engagement canadien où le Canada prendrait le devant en Haïti. L’administration à Washington en a plein les mains avec l’Afghanistan, l’Irak et le potentiel qui existe en Corée et au Moyen-Orient. Il n’y a tout simplement pas de capacité à concentrer... Afin de réussir véritablement en Haïti, vous avez besoin aux hauts niveaux d’une attention à long terme... Il y a une occasion pour le Canada d’intensifier et de fournir cette forme de direction et d’attention concentrée dont l’administration verrait d’un bon oeil. » Dade a aussi clairement fait savoir que « cela intéressait » l’Assistant au secrétariat d’État, Roger Noriega, ainsi que l’administrateur de USAID pour l’Amérique latine, Adolfo Franco, qui venait de terminer il y a quelques jours auparavant une visite à Ottawa.

Les commentaires de Dade étaient quelque peu comiques étant donné que le gouvernement canadien a déjà joué un rôle clé dans l’avant coup qui a déstabilisé le gouvernement Lavalas d’Haïti. Ce qui était le plus remarquable, c’est le député fédéral canadien Denis Paradis qui a été l’hôte le 31 janvier et le 1er février 2003 « d’une table ronde de haut niveau sur Haïti » (voir Haïti Progrès, volume 20, numéro 51, en date du 3/5/2003). Selon les communiqués internes originaux obtenus récemment par le biais d’une requête selon la Loi d’accès à l’information, la rencontre devait prétendument s’adresser à « la situation politique actuelle en Haïti ». Notamment, cette réunion était « perçue comme devant être d’accès limité et de nature intime », et cela « afin de faciliter un échange d’opinions et un remue- méninges parmi les participants invités ».

À aucun moment n’y avait-il parmi les invités des représentants haïtiens. Les représentants du gouvernement d’Aristide furent informés de la réunion après que Paradis eut révélé les détails de cela au journaliste de l’Actualité, Michel Vastel, en mars 2003 ce qui a facilité une période prévisible de « maîtrise des dégâts ». Paradis a dit à Vastel que la question du renversement possible d’Aristide, le retour possible de l’armée haïtienne démantelée et l’option d’imposer à Haïti un protectorat du type Kosovo, furent abordés durant la rencontre. Vastel a publié cette information qui a causé énormément de remous en Haïti, aux États-Unis et à Ottawa, forçant Paradis et le gouvernement canadien à nier que de telles choses étaient à l’étude. Paradis fut subséquemment démis de son poste de Secrétaire d’État aux affaires latino américaines et fut nommé Ministre de la francophonie sous les auspices desquels fut tenue la réunion. Denis Coderre a remplacé Paradis et occupe aujourd’hui le poste de conseiller spécial du Premier ministre Martin sur Haïti.

Ce qui est significatif c’est que Vastel continue de s’en tenir à la version originale de son article prétendant que non seulement Paradis lui a dit tous les détails mais que les représentants français les ont corroborés. Le 31 janvier 2003, à la fois Vastel et le ministre français Pierre-André Wiltzer, ont parlé à la même tribune organisée sous le thème « Obligation morale internationale ; perspectives, idées nouvelles et démarches à explorer ». Durant une entrevue tenue le 11 septembre 2004, Paradis a fait constamment allusion à la notion qu’il a été mal interprété par Vastel, que la rencontre pouvait essentiellement se réduire à « la responsabilité de protéger », une doctrine typiquement canadienne « d’intervention humanitaire », et que si elle est adoptée à l’ONU par le biais d’un processus que Martin veut tenter maintenant de faciliter, des pays puissants s’arrogeraient le droit (ou « la responsabilité ») d’intervenir militairement dans un pays qu’ils considèrent « a failli ». Qu’il y ait eu ou pas une discussion explicite sur une intervention militaire, comme le soutient Vastel, ou une discussion indirecte comme Paradis insiste, le fait important est qu’une intervention militaire a eu lieu, Aristide fut destitué, l’armée haïtienne est en fait de retour et un protectorat de facto a été imposé au peuple haïtien.

La justification de l’intervention

De manière à mener à bien l’intervention et endosser par la suite le « rôle » clé « de leadership », le gouvernement canadien s’est donné beaucoup de peine pour brouiller maladroitement les pistes. On peut aussi retracer ce cheminement à la période avant le coup d’État. Des documents récemment obtenus de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) révèlent que des organisations qui s’opposaient idéologiquement à Aristide et à Lavalas ont reçu exclusivement du financement du gouvernement canadien. La liste inclut ENFOFAM, SOFA, Kay Fanm, GARR, CRESFED, PAJ, POHDH/SAKS et la filiale haïtienne de la National Coalition for Haitian Rights (NCHR).

Dans les mois qui ont précédé la destitution d’Aristide, presque toutes ces organisations ont prêté main forte à la politique du gouvernement canadien envers Haïti. L’exemple le plus révélateur se retrouve dans le document intitulé « Haïti : un bicentenaire amer » qui a été produit par une autre organisation financée par l’ACDI « Droits et démocratie », une « institution canadienne dotée d’un mandat international ». En septembre 2003, Droits et démocratie a envoyé une délégation en Haïti. Cherchant à « contribuer » à résoudre « la crise persistante » en Haïti, Droits et démocratie ont déterminé qu’il y avait « plusieurs approches pour intervenir » afin d’aider possiblement Haïti durant cette crise. En plus de fournir de la légitimité aux fronts d’opposition politique dont la Convergence démocratique et le Groupe de 184, le rapport porte sans équivoque le blâme de l’agitation politique en Haïti sur Aristide et Lavalas.

Alors que les détails du rapport sont en eux-mêmes intéressants, voici la liste de ces organisations que Droits et démocratie a rencontré à un moment qui devient particulièrement révélateur. Mis à part le seul représentant du gouvernement haïtien, le reste des Haïtiens rencontrés étaient alignés avec l’opposition politique. Toutes les organisations mentionnées ci- haut qui reçoivent aujourd’hui du financement de l’ACDI sont sur cette liste de Droits et démocratie. Il est possible que plusieurs de ces groupes recevaient du financement canadien avant le coup d’État. Ce qui est assurément connu et qui est probablement le plus insidieux, c’est que la NCHR a reçu 100 000 $ pour le but spécifique de fournir une aide juridique, médicale, psychologique et logistique aux « victimes » du soi-disant massacre de La Scierie.

Le 9 mars 2005, Haïti-Progrès a remis à sa place la NCHR en déclarant : « Le gouvernement illégal a déposé une accusation contre à la fois (l’ancien premier ministre) Neptune et (l’ancien ministre de l’Intérieur) Privert pour leur participation dans le soi-disant « massacre » du 11 février 2004 à Saint-Marc, un événement que les journalistes et les organisations des droits de l’homme se sont presque tous mis d’accord pour dire que ça ne s’est jamais passé. Seulement l’organisation appuyée par le gouvernement américain et en faveur du coup, la National Coalition for Haitian Rights (NCHR) a porté une accusation comme quoi quelque 50 personnes ont été massacrées par les partisans pro-Lavalas. Pierre Espérance, le dirigeant du bureau en Haïti de la NCHR, dit que les restes des supposées victimes ont été « mangés par les chiens » afin d’expliquer l’absence de toute forme de preuve médico-légale » (voir Haïti Progrès, volume 22, numéro 52, 3/9/2005).

À ce moment-ci, il est fort douteux que plusieurs contribuables canadiens soient au courant qu’ils financent la NCHR, une telle organisation « des droits de l’homme » partisane et ainsi illégitime. Dans un rapport indépendant publié à peu près au même temps que l’ambassade canadienne en Haïti annonce le financement de la NCHR (le 14 avril 2004), l’Association nationale des juristes (ANJ) a révélé les lacunes de la NCHR en tant qu’organisation des droits humains. La NCHR « ne pouvait pas nommer un seul cas où des partisans de Lavalas furent des victimes » et elle a entraîné la délégation dans une pièce « où les murs étaient tapissés d’une immense affiche intitulée « Recherchés » mettant en vedette Aristide et son cabinet ». Le rapport de l’ANJ a conclu de manière unanime : « Nous condamnons la National Coalition for Haitian Rights (NCHR) en Haïti pour ne pas avoir maintenu son impartialité en tant qu’organisation de défense des droits humains ».

Malgré cela, la NCHR demeure l’organisation des droits de l’homme la plus citée en Haïti par les médias internationaux et possédés par les élites locales. Le premier ministre canadien Paul Martin s’est fait l’écho de Pierre Espérance qui insiste que « il n’y a pas de prisonniers politiques en Haïti ». Plutôt les 700 ou plus emprisonnés sans accusation sont seulement des criminels de droit commun qui se trouvent à être simplement des membres de Lavalas. En somme n’étant pas critique du gouvernement trié sur le volet de Latortue, la NCHR a joué un rôle critique pour légitimer le coup et maintenir l’opinion publique internationale perplexe sur la question des abus des droits de l’homme dirigés contre les activistes pro-démocratiques.

À mesure que plusieurs rapports des droits de l’homme indépendants ont récemment exposé de fond en comble la répression systématique aux yeux du public des partisans d’Aristide et/ou de la constitutionnalité, la NCHR est graduellement mise à nu, pareillement aux empereurs pour qui elle travaille. Dans un communiqué de presse du 11 mars, le directeur de la NCHR basée à New-York, Jocelyn McCalla, qui a été lui-même largement critiqué dans le passé pour sa partisanerie, a voulu distancer publiquement son organisation de la NCHR basée à Haïti d’Espérance : « Ni M. Espérance, ni quelconque membre du personnel de la NCHR basée à Haïti, parle pour ou au nom de la Coalition nationale des droits humains (NCHR), son conseil d’administration ou son personnel ».

McCalla a accusé Espérance de « défendre le système judiciaire haïtien dysfonctionnel qui ne fait que livrer de l’injustice ». Ici, McCalla se réfère à la détention continue de Neptune malgré qu’il « n’a pas été formellement accusé » par les autorités haïtiennes pour sa soi-disant complicité dans le « massacre » de Saient-Marc du 11 février 2004. La longue grève de la faim de trois semaines de Neptune qui a protesté contre « le système judiciare haïtien dysfonctionnel », tout en exigeant qu’il soit relâché sans condition en même temps que Privert, s’est terminée lorsqu’il a été transporté à un hôpital de l’ONU et qu’il fut traité le 11 mars pour un cas de déshydratation. Auteur et coordonnateur du Comité de défense des droits du peuple haïtien, Ronald Saint-Jean, a documenté et analysé les circonstances entourant le rôle de la NCHR dans ce qu’il a caractérisé comme une fabrication du « massacre » de St-Marc (Voir : « à propos du « Génocide de la Scierie » : Exiger de la NCHR toute la vérité », 2004). Plus tôt ce mois-ci, Saint-Jean était à Ottawa et Montréal pour dénoncer le financement par le Canada de la NHCR, en disant aux représentants et à la presse que si Neptune meurt, son sang sera sur les mains du Canada.

* Haïti Progrès, l’auteur est un journaliste indépendant basé à Vancouver.

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