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PROCLAMATION POUR ABJURATION DE LA NATION FRANÇAISE - LIBERTE OU LA MORT !

lundi 29 novembre 1999, par J.J. Dessalines

Du Général en chef du Peuple de Hayti

Citoyens,

Ce n’est pas assez d’avoir expulsé de votre pays les barbares qui l’ont ensanglanté depuis trop longtemps ; ce n’est pas assez d’avoir mis un frein aux factions lesquelles se succédaient à tour de rôle en jouant avec le fantôme de la liberté que la France exposait à leurs yeux ; il faut, par un dernier acte d’autorité nationale, assurer à jamais l’empire de la liberté dans le pays qui nous a vu naître ; il faut ravir au gouvernement inhumain, qui tient depuis longtemps nos esprits dans la torpeur la plus humiliante, tout nouvel espoir d’asservissement ; il faut enfin vivre indépendant ou mourir.

Indépendance ou la mort… Que ces mots sacrés nous rallient, et qu’ils soient le signal des combats et der notre réunion.

Citoyens, mes compatriotes, j’ai rassemblé dans ce jour solennel ces militaires courageux, qui, à la veille de recueillir les derniers soupirs de la liberté, ont prodigué leur sang pour la sauver ; ces généraux qui ont guidé vos efforts contre la tyrannie, n‘ont point encore assez fait pour votre bonheur… Le nom français lugubre encore nos contrées ; tout y retrace le souvenir des cruautés de ce peuple barbare. Nos lois, nos mœurs, nos villes, tout porte encore l’empreinte française ; que dis-je ? Il existe des Français dans notre îles, et vous vous croyez libres et indépendants de cette république qui a combattu toutes les nations, il est vrai, mais qui n’a jamais vaincu celles qui ont voulu être libres.

Eh quoi ! Victimes pendant quatorze ans de notre crédulité et de notre indulgence ; vaincus, non par des armées françaises, mais par la piteuse éloquence des proclamations de leurs agents ; quand nous lasserons-nous de respirer le même air qu’eux ? Sa cruauté comparée à notre patiente modération ; sa couleur à la nôtre ; l’étendue des mers qui nous séparent, notre climat vengeur, nous disent assez qu’ils ne sont pas nos frères, qu’ils ne le deviendront jamais et que, s’ils trouvent un asile parmi nous ils seront encore les machinateurs de nos troubles et de nos divisions

Citoyens indigènes, hommes, femmes, filles et enfants, portez les regards sur toutes les parties de cette île ; cherchez-y, vous, vos épouses, vous, vos maris, vous, vos frères, vous vos sœurs ; que dis-je ? Cherchez-y vos enfants, vos enfants à la mamelle ! Que sont-ils devenus ? Je frémis de le dire… la proie de ces vautours. Au lieu de ces victimes intéressantes, les yeux consternés ne voient que leurs assassins—ces tigres encore recouverts du sang des victimes, et dont la terrifiante présence vous reproche votre insensibilité et votre lenteur à les venger. Qu’attendez-vous pour apaiser leurs mânes ? Songez que vous avez voulu que vos restes reposent auprès de ceux de vos pères, quand vous avez chassé la tyrannie ; descendrez-vous dans la tombe sans les avoir vengés ? Non, leurs ossements repousseraient les vôtres.

Et vous, hommes précieux, généraux intrépides, qui insensibles à vos propres malheurs, avez ressuscité la liberté en lui prodiguant généreusement votre sang ; vous n’avez rien fait si vous ne donnez aux nations qui tenteraient de nous la ravir à nouveau un terrible mais juste exemple, de la vengeance que doit exercer un peuple fier d’avoir récupéré sa liberté et déterminé à le maintenir. Intimidons ceux qui oseraient tenter de nous la ravir une nouvelle fois. Commençons par les Français… Qu’ils frémissent en abordant nos côtes, sinon par le souvenir des cruautés qu’ils y ont exercées, au moins en s’apercevant de la résolution absolue que nous allons prendre de vouer à la mort tout natif français qui souillera de son pied sacrilège le territoire de la liberté.

Nous avons osé être libres, osons l’être par nous-mêmes et pour nous-mêmes ; imitons l’enfant qui grandit : son propre poids brise la lisière qui lui devient inutile et l’entrave dans sa marche. Qui sont ces peuples qui ont combattu pour nous ? Quel peuple voudrait cueillir les fruits de nos travaux ? Et quelle déshonorante absurdité que de vaincre pour être esclaves.

Esclaves !… Laissons aux Français cette épithète qualificative : ils ont vaincu pour cesser d’être libres.

Marchons sur d’autres traces ; imitons ces peuples qui, apportant leur sollicitude jusqu’à l’avenir, et se souciant de ne pas laisser à la postérité l’exemple de la lâcheté, ont préféré être exterminés que d’être rayés du nombre des peuples libres.

Gardons-nous cependant, de l’esprit de prosélytisme qui pourrait détruire notre œuvre ; laissons nos voisins respirer en paix, qu’ils vivent paisiblement sous l’empire des lois qu’ils se sont faites, et n’allons pas, en boutefeux révolutionnaires, nous ériger en législateurs des Antilles, faire consister notre gloire à troubler le repos des îles qui nous avoisinent : elles n’ont point, comme celle que nous habitons, été arrosé du sang innocent de leurs habitants ; elles n’ont point de vengeance à exercer contre l’autorité qui les protège.

Heureuses de n’avoir jamais connu les fléaux qui nous ont détruits, elles ne peuvent que faire des vœux pour notre prospérité. Paix à nos voisins ! Mais anathème au nom français ! Haine éternelle à la France ! Voici notre cri.

Indigènes d’Hayti, mon heureuse destinée me réservait à être un jour la sentinelle qui dût veiller à la garde de l’idole à laquelle nous offrons un sacrifice. J’ai vieilli, à force de combattre pour vous, quelquefois tout seul ; et, si j’ai été assez heureux pour d’accomplir et de livrer entre vos mains la mission sacrée qui m’avait été confiée, rappelez-vous que c’est à vous qu’il revient maintenant de le conserver. En combattant pour votre liberté, j’ai travaillé à mon propre bonheur. Avant de la consolider par des lois qui assurent votre liberté individuelle, vos chefs que je rassemble ici, et moi-même nous devons la dernière preuve de notre dévouement.

Généraux, et vous, chefs, unissez-vous à moi pour le bonheur de notre pays ; le jour est arrivé, ce jour qui doit éterniser notre gloire, notre indépendance.

S’il pouvait exister parmi vous un cœur tiède, qu’il s’éloigne et tremble de prononcer le serment qui doit nous unir.

Jurons à l’univers tout entier, à la postérité, à nous-mêmes, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination.

De combattre jusqu’au dernier soupir pour l’indépendance de notre pays !

Et toi, peuple trop longtemps infortuné, témoin du serment que nous prononçons, souviens-toi que c’est sur ta constance et ton courage que j’ai compté quand je me suis lancé dans la carrière de la liberté pour y combattre le despotisme et la tyrannie contre lesquels tu as combattu ces dernières quatorze années ; rappelle-toi que j’ai tout sacrifié pour voler à ta défense, parents, enfants, fortune, et que maintenant je ne suis riche que de ta liberté ; que mon nom est devenu en horreur à tous les peuples qui veulent l’esclavage, et que les despotes et les tyrans ne le prononcent qu’en maudissant le jour qui m’a vu naître ; et si jamais tu refusais ou recevais en murmurant les lois que le génie qui veille à tes destinées me dictera pour ton bonheur, tu mériteras le sort des peuples ingrats.

Mais loin de moi cette affreuse idée. Tu seras le soutien de la liberté que tu chéris, l’appui du chef qui te commande.

Prête donc entre ses mains le serment de vivre libre et indépendant, et de préférer la mort à tout ce qui tendrait à te remettre sous le joug.

Jure enfin de poursuive à jamais les traîtres et les ennemis de ton indépendance.

J.J. Dessalines

Fait au quartier général des Gonaïves, le 1er janvier 1804, l’an 1er de l’Indépendance.[1]

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