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Haïti-Dominicanie

jeudi 10 septembre 2009, par Cyrus Siber

Cher compatriote,

Ce débat est indécent. Vous êtes en train de laver le linge sale en public. Au point que quelqu’un de l’Ambassade Dominicaine arrive à féliciter Ray Killick. Je suis contre les discours incendiaires. Je partage aussi l’approche pragmatique de Ray. Mais il faut éviter de voir les choses de façon idéaliste. J’observe sur le forum qu’à force de reconnaitre nos responsabilités dans la situation actuelle d’Haïti, nous ignorons les rancœurs et le système d’exploitation post-esclavagiste de la communauté internationale implanté en Haïti. Vous oubliez qu’en République Dominicaine la question de couleur est puissante. C’est un pays qui a blanchi sa population et identifié tous les noirs comme des Haïtiens. L’armée dominicaine renvoie souvent des dominicains en Haïti, juste parce qu’ils sont noirs. C’est un pays où il y a une doctrine anti-haïtienne. Avoir la peau blanche compte beaucoup en république voisine.

Ray, il ne faut pas voir la république voisine comme un pays où le mérite est le seul critère de promotion sociale. Il y a plusieurs cas de préjugés de couleur qui n’a rien à voir avec notre responsabilité historique. J’ai vu, dans un bus, un guard Dominicain humilier un noir parce qu’il le prenait pour un haïtien. Quand ce dernier a exhibé sa carte d’identification, le guard était surpris de voir qu’il avait affaire à un agent du renseignement dominicain.

Je suis très prudent dans ce genre de débat. Vu qu’on ne prend pas en cause tous les paramètres historiques d’exclusion d’Haïti. Complot, il y avait un complot contre Haïti après notre indépendance. Dans la lettre de Thomas Jefferson adressée au Président Madison, on peut lire : « En ce qui concerne ce pays dénommé Haïti, nous sommes très sensibles au commerce avec cette ile, à savoir, le volume des échanges entre Boston, New York, Philadelphie et Haïti. Mais, à aucun moment de la durée nous ne devons reconnaitre son indépendance. Car, que ferions-nous d’un ministre Noir se promenant sur le Pennsylvania Avenue ».

Aujourd’hui, ce type de paradigme a fondamentalement changé puisque légalement, légitiment, un noir dort au 1500 Pennsylvania Avenue comme Président des Etats-Unis. Mais cela ne vous autorise pas rejeter l’histoire. Mettre sous embargo un jeune Etat condamné à payer une dette d’indépendance est signicatif. L’embargo sur Cuba est paralysant. Haïti n’avait pas de grande puissance comme URSS pour l’aider à subsister. Il y avait un problème de couleur dans le monde et Haïti a payé les conséquences de cette bêtise humaine.

Dénie de soi ! A force de vouloir nous intégrer, à force de prendre conscience de nos inconséquences, nous risquons de tomber dans un ‘ ‘dénie de soi’’. Nous aimons dans les forums diaboliser Duvalier. Je ne suis pas un duvaliériste. Il a fait du mal. Mais, je sais qu’avant 1957, il y avait un problème de couleur en Haïti. Il y a encore ce problème. Même quand on se garde d’en parler en public, mais en privé, on en parle.

Dans notre structure mentale, il existe. Il ne faut pas nier que ce problème existait avant Duvalier. Le mulâtrisme a favorisé le noirisme. Les noiristes ne sont pas les seuls coupables. Le mulatrisme a pavé le chemin au noirisme en tant que réaction sociale. Les américains dans leur pragmatisme, a favorisé les noiristes après 1934, car ils avaient constaté que les mulatristes s’attachaient à l’Europe. Il y avait à Port-au-Prince un culte pour les allemands et les européens aux yeux bleus. Donc, dans leur stratégie antiallemande ils ont joué sur la réalité socioculturelle et propulsé les noiristes. Avec cette stratégie, les américains ont anéanti les mulatristes et renforcer leur mainmise sur Haïti.

La majorité des noirs domine depuis lors l’administration, la force publique, la scène politique. Créolophones et économiquement faibles, ils dépendent de l’Etat, des Etats-Unis, de la communauté internationale pour garder le pouvoir. La même chose pour les mulâtres. Bref, faute d’avoir compris qu’il fallait continuer avec l’unité de l’Archaie en 1803, tout le monde est au pied du blanc.

Ce sont des données historiques à ne pas rejeter. La République Dominicaine se veut être un pays peuplé de blanc. Le peuple dominicain rejette ses liens africains. Contrairement aux américains qui finalement reconnaissent l’apport des negres d’Haïti à leur indépendance, ils n’ont pas le courage de reconnaitre la contribution d’Haïti dans leur indépendance. N’ayant pas eu la technicité de l’armée indigène, ils n’ont pas pu combattre l’Espagne.

Avec 3 invasions, l’Armée Indigène avec ces 3 techniques de combats acquises des Français, des Espagnoles et des Anglais grâce aux revirements de Toussaint, a pu détruire les infrastructures militaires des Espagnols. Nous les avons occupé, certes mais l’Espagne était juste à coté à Puerto Rico ou à Cuba. Notre occupation à permis aux Espagnols de respecter leurs frontières. S’ils ont pu moderniser leur pays grâce à l’occupation américaine, grâce à l’occupation haïtienne, ils ont eu leur indépendance. Ils ne racontent pas ces faits historiques aux jeunes dominicains.

Nous avons détruit pour eux les infrastructures militaires espagnols. Indépendant, ils ont voulu devenir un Etat américain. Une demande qui a été rejetée par le Sénat Américain. Ils ont blanchi leur population avec des prostitués de l’Europe pour faire de leur pays un Etat à majorité mulâtres. Avec cette majorité de mulâtres ils n’ont pas cessé de se distancer d’Haïti. Si entre les deux peuples il a toujours eu de la solidarité, l’élite dominicaine, développe une culture de rejet des haïtiens, une pratique de mépris de l’homme par l’homme. Ce sont des faits. On ne doit pas les méconnaitre. Même aux Etats-Unis pragmatiques cette question de préjuger de couleur et de complot contre les noirs considérés comme inferieurs existait. Il existe encore des poches de résistance à travers le monde.

L’analyse de la situation actuelle d’Haïti doit être abordée avec une approche historique et géopolitique. L’influence des
Etats-Unis dans la Caraïbe et sur notre politique intérieur depuis 1804, les luttes d’influence entre les grandes puissances
dans le bassin de la caraïbe, toutes ces choses ont un rôle explicatif.

Il ne faut pas prendre les dirigeants dominicains pour des enfants de cœur.

Cyrus Sibert,

Cap-Haitien, Haiti

www.reseaucitadelle.blogspot.com

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