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COMMENT ANALYSER LA JOURNEE DU 5 FEVRIER 2009 EN MARTINIQUE ?

samedi 14 février 2009, par Marie-Hélène Léotin

En tant qu’historienne qui s’est récemment penchée sur l’histoire récente de la Martinique à travers mon ouvrage « Habiter le monde », mais aussi en tant que responsable politique, naturellement portée à faire l’analyse d’un mouvement d’un telle ampleur, je suis amenée à porter ma contribution à l‘analyse de la journée du 5 Février 2009 en Martinique.

Le 5 février 2009, la Martinique, après la Guadeloupe en janvier, après la Guyane en décembre 2008, est touchée par un mouvement de masse qui rencontre l’adhésion de larges couches de la population. Ce mouvement de masse a conduit des milliers et des milliers de gens dans la rue. Du jamais vu, aux dires de vieux syndicalistes, depuis février 74, il y a 35 ans.

Que se passe-t-il là ?

Les choses ressemblent étrangement à la situation en janvier-février 1974. Une cherté de la vie qui laisse les ménages à petit salaire sur le bord de la route. Des milliers de retraités, de rmistes, de CDD, d’emplois précaires, de contrats aidés qui ne peuvent joindre les deux bouts à la fin du mois et qui réclament le droit de vivre décemment.

Il faut dire que le système libéral dans lequel nous vivons fonctionne ainsi depuis des lustres. L’entreprise capitaliste n’est pas là prioritairement pour créer des emplois ou pour satisfaire les besoins de la population. Elle est là pour produire et vendre ce qu’elle a produit. Elle doit réaliser des bénéfices, maintenir ses marges commerciales. En système capitaliste, une entreprise qui ne fait pas de profit ne peut continuer son activité, dans le climat de concurrence exacerbée qui règne aujourd’hui. L’entreprise réalise ses bénéfices en rationalisant ses coûts de production. Si les coûts augmentent, l’entreprise répercute cela sur les prix de vente aux consommateurs. Il arrive un moment où la situation devient intenable et cela donne les mouvements de masse que nous connaissons (quelques repères historiques pour notre pays : février 1900, février 1935, février 74, février 2009).

Nous nous retrouvons dans une situation de crise qui n’est pas une crise économique ou financière, mais bien une crise sociale. Une sociologue du travail disait que nous avons pensé à l’économique, nous avons pensé à l’environnemental, nous n’avons pas pensé au social, c’est-à-dire à une meilleure redistribution des richesses. Les gens n’ont plus la possibilité de vivre correctement. Nous ne parlons pas de pouvoir d’achat mais bien de pouvoir de vivre. Il ne s’agit pas de satisfaire les seuls besoins alimentaires ; il n’y a pas à proprement parler de gens qui meurent de faim dans notre pays. Les grandes surfaces ne sont pas les seules visées. Il y a d’autres besoins aussi fondamentaux : le logement (y compris l’eau, l’électricité, le téléphone), la santé, l’éducation, le transport, la culture, les loisirs, ce qu’on appelle les services de façon générale. Si ces besoins ne sont pas satisfaits, nous entrons dans une paupérisation de la société. Il ne s’agit pas de gagner plus pour acheter plus ; il s’agit de vivre décemment et de pouvoir s’épanouir dans cette société.

Que demande la population ?

La revendication unificatrice, celle qui rassemble les milliers de gens qui sont descendus dans la rue, est la baisse effective des prix et le contrôle des prix. Il nous faut sortir de cette logique libérale qui veut que la liberté des prix soit affichée comme un dogme. Obtenir une baisse des prix de la part de la grande distribution, c’est faisable et cela sera profitable pour les masses et pour les entreprises puisqu’elles auront plus de clients capables de s’approvisionner chez elles. C’est ainsi que nous sortirons de cette contradiction qui veut que l’on produit de plus en plus en grande quantité grâce aux moyens modernes, mais que les gens sont de plus en plus nombreux à ne pouvoir accéder à ces produits, faute de « pouvoir d’achat ». Nous pouvons aussi installer un organisme de contrôle des prix qui soit opérationnel dans l’immédiat. Ces revendications n’ont rien d’utopique.

Lorsque nous parlons de pouvoir de vivre, le privé n’est pas le seul responsable. L’Etat a sa part de responsabilité. Les gens ne demandent pas plus d’argent pour se soigner ; ils demandent plus de structures de santé pour une prévention et une prise en charge efficaces de la population. Rappelons-nous le combat syndical qui se mène là-dessus et tout particulièrement l’action persévérante de l’UGTM-santé, ainsi que l’implication du collectif du Nord-Atlantique pour sauver une partie des services de l’hôpital de Trinité. Nous devons exiger de l’Etat la mise en place de structures publiques qui permettent aux masses de mieux vivre en matière de santé, d’éducation, d’équipements pour la jeunesse et pour les personnes âgées. Comment ne pas s’inquiéter des suppressions de postes dans l’enseignement, du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ? La lutte que mène la fonction publique au sein de ce mouvement de masse est décisive si nous voulons éviter une catastrophe durable et destructrice à tous les échelons de notre société.

Et c’est là que nous arrivons au rôle de l’action politique si souvent mal comprise par ceux qui ne s’y intéressent qu’occasionnellement ou qui manquent d’information sur le travail réalisé depuis un certain nombre d’années. Les syndicats, rien de plus normal, font leur travail ; mais il est d’une importance fondamentale de comprendre la liaison qui doit s’établir avec les perspectives politiques présentées par les élus conscients et engagés dans la défense de leur pays, pour que soient mises en œuvre des solutions réelles et durables.

Il n’y aura pas de réponses durables aux problèmes que nous rencontrons si nous plaçons nos luttes sur le seul plan syndical et revendicatif, en se contentant de réclamer une baisse des prix et une hausse des bas salaires, des retraites et des minima sociaux. Le système dans lequel nous vivons étant ce qu’il est, nous nous retrouverons dans deux ou trois ans face aux mêmes problèmes de « pouvoir d’achat ». Et nul doute que nous aurons encore les réponses incomplètes ou partielles, voire démagogiques que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui.

La solution juste et raisonnable est que les responsables politiques aient les moyens réels de protéger les maillons les plus fragiles de notre économie (petites entreprises individuelles, TPE) et de notre société (personnes en situation précaire). Et il est tout à fait évident que c’est à nous Martiniquais de prendre les dispositions pour qu’il en soit ainsi.Ce qui pose la question du pouvoir politique

Marie-Hélène Léotin

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