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Sept jours qui ébranlèrent la finance

dimanche 28 septembre 2008, par Jacques Sapir

La note montre que la crise actuelle n’est pas un simple cycle, un moment banal de difficultés passagères comme l’ont prétendu nombre d’économistes, tel Alan Greenspan, avant de se contredire devant la bourrasque de cette folle semaine et de qualifier la crise de « plus importante depuis un siècle ». Cette crise est bien structurelle. L’un des enjeux principaux de cette crise sera donc, bien au-delà de réglementations techniques, de s’attaquer aux fondements du néolibéralisme.

Car cette crise financière est avant tout le résultat immédiat d’une circulation intense de mauvaises créances (les subprimes). La complexification des procédures de « la finance structurée » a ajouté un voile d’opacité sur cette circulation des créances.Mais il faut avoir l’honnêteté de dire qu’une meilleure réglementation n’aurait certainement pas résisté à la pression concurrentielle du système, une fois l’endettement des ménages devenu le seul pilier de la croissance. Par ailleurs, la finance structurée n’a fait qu’aider à la circulation de créances qu’elle n’a pas créées.Cette « folie hypothécaire » n’est pas une « folie ».

Il y a de la méthode et surtout du système dans cette folie. Quand on comprime les revenus salariaux pour augmenter toujours plus de profits, et que l’on cherche dans la financiarisation de l’économie une porte de sortie à la contradiction qui veut que toute compression des revenus induira celle de la demande solvable, donc celle du niveau d’activité et donc celle du volume des profits, alors la dérégulation financière et l’emballement de la machine à crédit deviennent logiques.

Il y a aussi du système dans cette folie quand on prétend, comme le fait le gouvernement français, développer une mentalité de propriétaire à travers l’immobilier tout en menant une politique de déflation salariale, que l’on justifie au nom de l’ouverture économique alors que cette dernière a été justement initiée pour accroître les pressions sur les salariés. Ainsi, François Fillon et Nicolas Sarkozy sont par leurs politiques, et l’approbation donnée au système des hypothèques rechargeables en France, les vecteurs mêmes des dévoiements de la finance qu’ils peuvent par ailleurs condamner. Les institutions du néolibéralisme finissent par induire chez les acteurs au centre du système les représentations qui conduisent à leur renforcement permanent et ce jusqu’au jour où le même système va heurter de plein fouet le mur des limites de sa propre reproduction.

Ce dévoiement se trouve dans les pratiques financières ou dans la pensée de ceux qui mettent en place les « réformes » qui rendront non seulement possibles mais encore inévitables car nécessaires les emballements dont les Etats-Unis, mais aussi la Grande-Bretagne et l’Espagne nous donnent l’exemple. La crise financière a connu un tournant majeur dans la semaine qui s’est écoulée entre le dimanche 14 septembre et le vendredi 19 septembre 2008. L’accélération brutale des événements a provoqué leur changement de nature. L’accumulation quantitative des chocs a induit leur transformation qualitative. Les représentations des acteurs se sont révélées, tout comme elles se sont brutalement transformées.

En ce sens, les six journées dramatiques (qui vont de l’après-midi du dimanche 14 à la clôture de la séance à Wall Street le vendredi 19) constituent un de ces « moments » historiques où sont testées tout autant les stratégies que les doctrines et les théories qui les sous-tendent.La décision prise par les autorités américaines de créer une gigantesque caisse de défaisance pour tenter, enfin, de dénouer la crise est une étape décisive. Elle était inévitable et survient probablement bien plus tard qu’il n’eut fallu.

Cette décision, renforcée par des mesures techniques très contraignantes comme l’interdiction de vente à découvert (short selling) ne met pas fin à la crise. Elle en transforme cependant le processus et conduit à un déplacement du front des événements qui désormais sont susceptibles de survenir.S’il est encore trop tôt pour prétendre en tirer toutes les leçons, certains enseignements sont d’ores et déjà disponibles et doivent être pris en compte.

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