Ligue Haïti
Broutons hors du territoire national les Impérialistes Français,Américains,Canadiens et leurs laquais tapis à travers la Minustha

Accueil > International > Le Tchad, enjeu d’une bataille à trois

Le Tchad, enjeu d’une bataille à trois

jeudi 20 avril 2006, par Le Figaro

Paris, Washington et Pékin rivalisent d’influence dans la crise tchadienne avec un oeil sur les ressources pétrolières du pays. Une partie de poker menteur est en cours au Tchad. L’enjeu : le contrôle de ce pays pauvre au coeur de l’Afrique, surnommé le « porte-avions du désert ». Autour de la table, trois gros joueurs.

Premier intervenant, Paris, qui a aidé le président Idriss Déby à parvenir au pouvoir en 1990, dispose de ses capacités militaires déployées au travers du dispositif « Epervier » -1200 hommes, 6 avions de combat Mirage, des avions de transport et des hélicoptères. Paris peut aussi, grâce à son influence sur l’Afrique de l’Ouest et le golfe de Guinée, faire intervenir d’autres joueurs en deuxième rideau.

Deuxième participant : les Etats-Unis. Sans capacité militaire au Tchad, ils sont, en revanche, maîtres des finances du pays. Par deux biais. Aujourd’hui dirigée par Paul Wolfowitz, la Banque mondiale (BM) est le principal financier de la mise en exploitation du champ de pétrole tchadien de Doba (150 000 barils par jour). Quant à la major américaine Exxon, elle en est l’opérateur.

Troisième et dernier acteur, le plus effacé et le plus discret aussi, la Chine. Elle n’intervient qu’indirectement, mais avec un effet de levier considérable puisque son appui régional n’est autre que le Soudan. Les deux pays sont liés par des accords commerciaux : Khartoum vend près de 85% de sa production pétrolière à Pékin qui, en retour, a accordé des licences de production d’armes et des fournitures militaires importantes.

Quand au pot, c’est-à-dire l’enjeu de la partie, il varie selon les acteurs. Vu de Pékin, la visée est géostratégique : il s’agit de relier d’un trait le golfe de Guinée à la ville de Port-Soudan afin d’inverser les flux de pétrole qui, au lieu de quitter l’Afrique par l’Atlantique, pourraient alors être acheminés par pipeline jusqu’à la mer Rouge où ils seraient chargés à destination, bien sûr, de Pékin. « Prenez une carte, dit un officiel. Regardez les oléoducs. Il ne manque qu’un tronçon Tchad-Soudan pour que ce projet soit réalisable. »

Vu de Washington, l’enjeu est de conserver une partie du flux d’or noir embarqué à partir du golfe de Guinée, c’est-à-dire l’Atlantique, à destination des Etats-Unis. Accessoirement, Exxon entend bien préserver sa production tchadienne, prometteuse puisqu’en l’espace de 2 ans elle lui a rapporté 4,7 milliards de dollars. Pour Paris, il s’agit de ne pas laisser le Tchad tomber en des mains incontrôlables. Il s’agit également de faire la preuve qu’il peut exister une véritable politique de la France en Afrique.

C’est là où l’on en arrive aux événements qui se sont déroulés jeudi dernier. D’importants combats se sont déroulés dans N’Djamena à la suite de l’arrivée nocturne d’une colonne de rebelles venus de l’Est. Les affrontements ont été violents. Ils ont fait de 200 à 400 morts au moins et plusieurs centaines de blessés.
Piège tendu aux rebelles ? Que de tels combats se soient déroulés dans la capitale a été interprété comme un signe de faiblesse du pouvoir, d’autant plus qu’à plusieurs reprises ces derniers temps les autorités avaient fait savoir qu’elles avaient déjoué complots et trahisons.

Sur place cependant, de nombreux éléments semblent indiquer que, bien loin d’avoir menacé les autorités, les rebelles seraient tombés dans un piège. « Nous savions, deux jours avant la journée de jeudi, ce qui allait se passer », confie un expatrié. « Si nous l’avions voulu, dit un officiel, nous aurions pu arrêter cette colonne à des centaines de kilomètres de N’Djamena et cela dans la plus totale discrétion. » Paris ne cache pas, en effet, avoir mis à disposition des autorités tchadiennes les moyens de renseignement dont dispose « Epervier ». Ceux-ci permettaient d’observer au jour le jour la progression de la colonne d’une soixantaine de pick-up et du petit millier de rebelles. « La vérité, poursuit un expatrié, est que les rebelles n’ont pas dû ouvrir leur chemin sur N’Djamena. Ils ont été poussés sur la capitale et contraints de s’y replier. »

Paradoxal, ce récit correspond aux témoignages recueillis. Tous font état de la confusion des rebelles qui, arrivés dans la capitale, étaient incapables de s’y diriger. « Ils sont arrivés par l’est et ont demandé le palais, dit un témoin. Les gens ne savaient pas de quel palais ils parlaient et leur ont indiqué le plus proche, celui de l’Assemblée nationale. Les rebelles s’y sont rendus en croyant qu’il s’agissait de la présidence. La garde républicaine les attendait, avec des blindés ». Rebelles en fuite ou civils soupçonnés de sympathie avec la rébellion ont été arrêtés.

Avec l’appui de Paris, le pouvoir a immédiatement lancé la contre-offensive politique, sur trois axes : dénonciation du Soudan, accusé de « génocide » au Darfour ; critique d’une communauté internationale accusée de fermer les yeux sur la présence de 200 000 réfugiés soudanais au Tchad ; enfin, demande de déblocage -sous peine d’interruption demain de la production pétrolière -des revenus de l’or noir tchadien (de l’ordre de 320 millions de dollars) bloqués depuis trois mois sur instruction de la Banque mondiale. Au poker, cela s’appelle faire tapis. Pour l’heure, Paris et Idriss Déby se frottent les mains. Mais la mise est toujours sur la table.

Répondre à cet article