Ligue Haïti
Broutons hors du territoire national les Impérialistes Français,Américains,Canadiens et leurs laquais tapis à travers la Minustha

Accueil > National > L’affaire Mevs 1ière partie (...)

L’affaire Mevs                                  1ière partie                       Par Jacques Casimir ( Pasteur D’Amoulio) 
                              majac14@hotmail.com                 
                            

mercredi 10 mai 2017

Avant-propos : Dans cette guerre de basse intensité sans fin menée contre le peuple haïtien et depuis la première arnaque historique qui a été le paiement de la dette de l’indépendance et qui a ensuite ouvert la boite de pandore, nous avons répertorié un total de 174 cas d’arnaques, de demandes de rançons et de menaces d’interventions militaires contre paiement, dans le but d’humilier le pays et de l’appauvrir. Certains cas sont célèbres ,comme :l’affaire Luders, l’affaire Batsh. D’autres n’ont pas été révélés par les historiens ; pourquoi ? Aujourd’hui certaines familles dont leurs noms sont synonymes de respectabilité et de richesse ont un passé peu enviable. Certaines d’entre-elles ont bâti leur fortune en arnaquant,avec l’aide de l’étranger, le pays qui les a nourri. Dans une série de cours, nous allons révéler avec des documents et des archives inédits quelques délits de pillage sans scrupule contre le peuple haïtien.

On ne se méfie pas du temps qui passe, on doit se méfier de nous qui passons dans le temps, dans l’ignorance des faits historiques qui, dans bien des cas, ont fait notre malheur. Dans la longue litanie des arnaques contre le pays d’Haiti, le président Florvil Hyppolite a été le premier à vouloir mettre un frein à ces affaires. Il a commencé par l’expulsion des étrangers indésirables dans le pays.

Voici un échantillonnage d’un des plusieurs cas qui ont fait la une de l’époque : 
                 
Arrêté : Attendu que la loi internationale confère à chaque État le droit d’expulser de son territoire les étrangers dont les agissements sont un danger pour la tranquillité et l’ordre publics.
Considérant que le Sieur Salomon Noel Croswell, sujet anglais, s’est immiscé dans des questions de politique intérieure et que sa présence sur le territoire d’Haiti est dangereuse pour le maintien de l’ordre. De l’avis des secrétaires d’État.
Article premier :« Le citoyen Britannique Salomon Noel Croswell est expulsé du territoire de la république d’Haiti et sera embarqué par le premier bateau en partance pour l’étranger.Le chef de la police administrative de la capitale est chargé de l’exécution du premier arrêté.
     Signé Saint Matin Dupuy ,Secrétaire d’État de l’intérieur et de la Police générale,

1)Sources le Journal le Moniteur , publication du 4 octobre 1893 2) RÉF Receuil des lois et actes d’Haiti 1887-1904 tome II.

Les grandes puissances de l’époque, n’ont jamais accepté que des Noirs, anciens esclaves, aient pu créer un Etat indépendant , en plus d’expulser des citoyens britanniques et autres de leur territoire et de refuser à deux présidents américains, Benjamin Harrisson et S. Grover Cleveland l’affermage du Môle Saint-Nicolas. Les USA et les pays européens ont mis en œuvre une politique d’humiliation systématique contre Haiti.

Depuis le mois d’avril 1891,une rumeur de circulation de fausse monnaie se répendait dans le pays. finalement ,la longue enquête de la police judiciaire a mené tout droit vers un individu nébuleux,Tantôt Néerlandais, tantôt américain, tantôt haïtien, pour enfin se statuer comme citoyen américain. Frédérick Mevs, fut arrêté à Port-au-Prince sous les accusations de : 1)contrebande 2) contre façon 3)Faux, usage de faux,4) entrave à la justice ,5) Fabrication de fausse monnaie 6) tentative de corruption du citoyen Ultimo Sébastiani, secrétaire d’État des travaux publics et de l’agriculture ,pour ne citer que ceux là.Face aux preuves flagrantes de la police,il fut arrêté et emprisonné en attendant son procès au terme légal de la loi. 1)Sources ANH Archives Nationales d’Haïti .Guide complet de la police judiciaire en Haïti. 1er. et 2e fascicules.( Port-au-Prince, imprimerie. H. Amblard, 1895) 2) Sources :Lois décrets et arrêtés du président Florvil Hippolyte 1889-1896 (publication imprimerie H. Amblard 1898)

Devant cette situation catastrophique et dans le but d’éviter une crise monétaire, le président Hippolyte en accord avec le conseil des secrétaires d’état promulgua ce qui suit : 

SECRÉTARIAT D’ÉTAT DE L’INTÉRIEUR,
ARRÊTÉ :« Considérant qu’une contrefaçon criminelle a répandu sur nos marchés de fausses pièces de monnaie et que,pour assurer la marche régulière des transactions , le Gouvernement ordonna l’échange et le dépôt à la Banque Nationale de toutes les pièces à l’effigie de Boyer et de Pétion reconnu de bon aloi.
Considérant que ces pièces de monnaie ont un subi une grande dépréciation et ne peuvent être remise en circulation, qu’il y a lieu dans ce cas, de les démonétiser.
Et de l’avis du conseil des secrétaires d’Etat a proposé :

Article Premier:Six mois après la promulgation de la présente loi, les pièces dites de Boyer et de Pétion cesseront d’avoir cours légal dans la république. »
             Donné à la maison nationale au Port au Prince le 17 novembre 1893 

1)Sources : ANH,Archives Nationales d’Haiti (Collection lois décrets et arrêtés du secrétariat d’état des finances 1813-1902) 2)Sources : journal Le Moniteur publication du 21 novembre 1893. 

Malgré les preuves contre lui ,Frédérick Mevs n’a jamais accepté son arrestation et a clamé son innocence. Le gouvernement tenait à ce qu’il y ait un procès, la police judiciaire d’Haiti refusa de le relâcher. Il fit appel en tant que citoyen des États-Unis à l’Ambassadeur américain de l’époque en Haiti John S Durham. C’était l’occasion rêvée par les État-Unis de se venger et Humilier Haiti pour de nombreux affronts, dont le principal était que, lors de l’Exposition Universelle de 1893 à Chicago, Haïti offrit à Frederick Douglass militant noir américain et à ses pairs une occasion inespérée de faire entendre leur voix sur la scène internationale puis qu’ils se servirent du pavillon haïtien, seul endroit non-ségrégué de l’exposition, pour diffuser leurs revendications et montrer au monde la misère et les conditions de vie inhumaines des noirs aux État-Unis.1)RÉF : Auteur : Claire Bourhis-Mariotti,Titre Les Noirs américains et Haïti, 1804-1893 2) Sources : Bibliothèque du congrès des USA (The Frederick Douglass Paper series one .Speeches debates and interview 5 volumes 1845-1894)

Frederick Mevs était membre d’une firme américaine de Boston faisant affaires en Haiti, La Green Kenae-Bel & co et était aussi propriétaire d’un magasin de matériaux de construction sur la rue du Quai, il a profité de son statut pour faire toute sorte de contrebande. Il n’en demeure pas moins que même si les américains disent que les inculpations étaient farfelues,les accusations de contrebande étaient des faits avérées. Par l’intermédiaire de son consul adjoint en Haiti, Alexander Battiste, les États-Unis envoyèrent une lettre de protestation diplomatique pour relaxer Frédérick Mevs sans délai et sans condition. Le gouvernement haïtien proteste,mais les menaces de blocus et d’intervention militaire l’ont fait reculer. 

Voici un document authentique de la bibliothèque du département d’État Des USA extrait No 141.1
L’ambassadeur des USA John S Durham, déclara ce qui suit :« Après avoir vérifié les faits sur le confinement illégal De M. Frederick Mevs,les circonstances justifient de demander une action de la part du gouvernement haïtien en réparation de cette blessure à un citoyen américain. » 
 
Par la voix des diplomates américains en Haiti, Frederick Mevs réclama $1000 dollars US par jour d’incarcération à titre de dédommagement.Finalement après des négociations et à contrecœur ,le gouvernement Haïtien consentit de payer $6000 en monnaie des État-Unis ,une somme considérable à l’époque,une petite fortune .L’accusé fut relâché malgré les preuves contre lui. Voici une partie d’une communication diplomatique qui atteste le paiement intégral de la somme :

RELATIONS EXTÉRIEURES DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE :
1)J’envoie une copie de mon reçu au gouvernement haïtien et le reçu certifié de M.Mevs, tel que requis dans l’entente numéro 110.
                      John S.Durham 
                       LÉGATION DES ÉTATS-UNIS,
                         Port au Prince le 12 avril 1893 

2)J’ai reçu du secrétaire d’État des relations extérieures d’Haiti la somme de $6000 en monnaie des État-Unis,pour le règlement définitif et indemnisation totale de la réclamation présentée par la légation des États-Unis à Port-au-Prince en faveur de Frederick Mevs, Citoyen de États-Unis.
                      John S. Durham
                       LÉGATION DES ÉTAT-UNIS
                         Port au Prince le 12 avril 1893 

3)J’ai reçu de John S.Durham, mon résident et consul général des État-Unis,la somme de $6000 des État-Unis,d’indemnité à la légation de mon compte par le Gouvernement haïtien
                                  FREDERICK MEVS
                           CONSULAT GÉNÉRAL DES ÉTATS-UNIS 
                            Port au prince le 12 avril 1893 

4)J’ai lu avec satisfaction votre rapport numéro 194 du 12 avril sur le règlement de l’affaire Mevs par un paiement du Gouvernement d’Haiti de $6000 en monnaie des État-Unis à votre légation que vous avez payé à M. Mevs.
                       Josiah Quincy 
                         Sécrétaire par intérim 
                         DÉPARTEMENT D’ÉTAT Washington 1er mai 1893
Sources : Département d’État des États-Unis/ Documents exécutif de la chambre des représentants pour la deuxième session du cinquante -troisième Congrès 1893-1894 2) Sources Documents diplomatiques déclassifiés en octobre 1971 extrait No 119
(Bibliothèque du congrès des USA année 1893-1894)

Conséquences : Cette fraude sur la monnaie haïtienne a pour effet la dévaluation de la gourde sur les marchés internationaux. Le gouvernement du président Florvil Hippolyte a du intervenir en injectant plus de 4000000 gourdes, plus les frais afférents pour retirer les pièces de monnaies frauduleuses de la circulation. Cette dépense considérable ajouté aux frais de dédommagement de Frederick Mevs et l’imposition d’une compensation punitive discrétionnaire au gouvernement des USA dont les archives n’ont pas mentionné le montant. Ces déboursés ont causé un tort irréparable à l’économie d’Haïti qui était déjà chancelante à l’époque.

Le gouvernement a pris d’autre mesures d’urgence en découvrant que la fraude n’était pas seulement sur des pièces de monnaie mais elle était aussi sur des billets de banque. Le corps législatif a rendu d’urgence la loi suivante dont voici les articles pertinentes :

Article 5 :« La banque Nationale sera chargée de faire fabriquer les nouveaux billets de caisse, d’ordre et pour compte et aux frais de l’État d’Haiti et de les émettre,sous ce contrôle en vertu de la loi. »

Article 6 :« Il s’agit d’échanger les billets de 1 et 2 gourdes de lère, 2ième et 3ième émission de Salomon. »

Article 7:Tous les billets papier-monnaie appartenant aux catégories désignées à l’article précédent cessent d’avoir cours à partir du 1er juillet 1893.Néanmoins il ne sera pas substitué plus que la valeur des papiers présentés à l’échange.
                      Hippolyte par le Président                
                    Le secrétaire d’État du commerce et des finances
                      F. Marcelin   

Après tout cet imbroglio, quel était le sort réservé à Frederick Mevs par le Gouvernement haïtien ? 1) A-t-il été déporté du pays ? 2) Est ce que cette affaire était un cas de plus qui a alimenté et qui alimente encore aujourd’hui le mythe des familles intouchables d’Haiti, ces familles qui ont le droit de faire et de défaire en toute impunité.3) La police judiciaire était-elle folle de porter toutes ces accusations contre cet homme d’affaire sans preuve et sans enquête ? 4)Frederick Mevs avait-il des complices, était-il seul dans cette combine ? Était-il coupable des accusations portées contre-lui ? 5) Qui a fabriqué et mise en circulation ces fausses monnaies ? Il n’y a pas eu de procès pour étaler publiquement les preuves et juger l’ accusé. La difficulté est de trouver, d’authentifier, les archives et toutes les preuves de la police judiciaire de l’époque. Certains documents parlant de cette affaire manquent des pages et dès que nous posons des questions et demandons de consulter certaines archives,nous faisons face à un refus formel.

L’affaire Mevs n’est pas sans précédent dans l’histoire d’Haiti. Autre temps, autres moyens utilisés pour déstabiliser le pays. Actuellement, plusieurs Hommes d’affaires, dirigeants de compagnies sont impliqués dans des activités criminelles. tels que : trafic de drogue, enlèvements, contrebande etc. Le présent historique nous met en exemple devant le cas flagrant de Clifford Brandt. L’avancement d’un pays repose sur ses élites ,mais si elles sont anti-nationales, corrompues et criminelles, les pas du développement ne seront jamais au rendez-vous Amen

Dans le prochain cours, nous allons répondre aux nombreuses questions soulevées et, avec des archives inédits, apporter la lumière sur le fonctionnement de l’étau de la contrebande qui étrangle l’économie du pays au profit d’un petit groupe.

Pour être historien, il faut trouver la vérité avec des preuves sur ce que le peuple veut savoir depuis si longtemps, le crier très fort pour que tous L’entendent et le comprennent. Amen (Parole et citation de Jacques Casimir (Pasteur D’Amoulio)

Recherche No JCAS-PO 440-002

Jacques Casimir (Pasteur D’Amoulio)
majac14 chez hotmail.com

À suivre

Répondre à cet article