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Jean Claude Duvalier

mardi 5 mars 2013, par Jean Robert Fleury

Bon Dimanche !

Au cours de la première comparution à la cour d’appel de Port-au-Prince (3e section), l’inculpé Jean-Claude Duvalier a passé environ cinq heures à répondre aux questions posées par le tribunal. Des questions relatives à la gestion du pays quant aux droits humains, aux crimes contre l’humanité, à des exécutions sommaires, à la torture, à l’exil. Cette audition s’est déroulée également autour de quelques-uns de ses présumés exécutants tels que Albert Pierre, Emmanuel Orcel, Jean Valmé. M. Duvalier a également répondu à des questions sur la corruption, la concussion de fonctionnaires. Nous reproduisons pour l’histoire ses déclarations telles que lues par le greffier de siège, Me Philippe Mario Milorme à l’audience du jeudi 28 février 2013.

La cour : le 27 janvier 2012, le juge d’instruction près le tribunal de première instance de Port-au-Prince a rendu une ordonnance vous renvoyant au tribunal correctionnel pour être jugé, conformément aux dispositions des articles 117 et 118 du Code d’instruction criminelle. Mécontent de cette ordonnance, vous en avez relevé appel, pouvez-vous exposer les motifs de cet appel ?

Jean-Claude Duvalier : Les motifs que nous avons évoqués sont simples pour la simple et unique raison que les normes n’ont pas été respectées. Et j’estime avoir répondu dans les différentes séances que j’ai eues avec le juge Carvès Jean à toutes les questions qui m’ont été posées.

Q : Dans l’ordonnance du juge d’instruction, il est fait mention de certains noms tels que Jean-Claude Duvalier, Simone O. Douyon, Jean Sambour, Samuel Jérémie, Auguste Douillon, Jean-Robert Estimé, Ronald Bennett et consorts lesquels sont poursuivis pour corruption, concussion de fonctionnaires, détournement de fonds, vols et associations de malfaiteurs au préjudice de l’État haïtien . Pouvez-vous nous parler de vos rapports avec les personnes précitées ?

J.C.D : Je tiens à préciser que je n’avais que des rapports familiaux et professionnels avec ces personnes.

Q : Dans l’ordonnance dont vous avez relevé appel, il est fait mention des cas de répression, de tortures, bastonnades, crimes contre l’humanité, assassinats politiques et violation des droits humains. Que répondez-vous ?

J.C.D. : A chaque fois qu’on me signalait une anomalie, j’intervenais pour que justice soit faite. Je tiens à souligner que la lettre que j’ai envoyée à tous les commandants de département, tous les chefs de section était pour leur demander d’appliquer la loi de manière stricte à travers le pays et ces structures valaient aussi pour le corps des Volontaires de la sécurité nationale.

Q. : Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples de cas ?

J.C.D. : Je ne peux pas donner quant à présent des exemples précis. Cependant, le suivi était assuré par une commission disciplinaire.

Q : Vous avez été chef d’État de 1971 à 1986, avez-vous assumé pleinement votre tâche, c’est-à-dire en tant que responsable ?

J.C.D. : Je crois avoir fait le maximum en tant que responsable pour assurer une vie meilleure à mes compatriotes. Cependant, à l’époque, mon gouvernement gérait la misère. Durant cette période, toutes les entreprises d’État étaient rentables, les parents pouvaient envoyer leurs enfants à l’école. Je ne dis pas que la vie était rose, cependant les gens pouvaient vivre au moins décemment, les Haïtiens n’étaient pas attaqués dans les rues et malgré les milliards qu’ils ont reçus durant ces dernières années. Le pays s’est effondré à mon retour, je retrouve un pays ruiné, une corruption sans borne qui freine le développement de ce pays. Et à mon retour, je puis leur demander : qu’avez-vous fait de mon pays ?

Q. : Vous avez parlé tantôt des Volontaires de la sécurité nationale. Quel était le rôle de ces gens et qui assumait la discipline de ces derniers ?

J.C.D. : D’abord assurer la sécurité nationale et renforcer l’effectif des Forces Armées en cas de besoin. Chaque département, chaque section rurale, chaque commune avaient ses propres responsables.

Q : A qui remettaient-ils le rapport aboutissant à la commission d’enquête et disciplinaire ? Qui composait cette commission ?

J.C.D. : Ils étaient Jean Magloire Fils, Olaf Antoine, Hervé Jeanty, Mme Max Adolphe, Wébert Guerrier. Ce sont ces noms qui me reviennent à l’esprit.

Q. : Vous avez détenu ou détenez-vous encore de l’argent dans les banques étrangères ?

J.C.D. : Non

Q. : Connaissez-vous Michèle Montas, Nicole Magloire, Verly Paul, Rameau Voltaire, Henry Faustin, Michel Dorbes, Manuel Romulus, Erges Prémont Cius, Denise Prophète, Jean Bertin Arist, Jean Souvenance Saint-Jean, Marie Adrienne Gilbert, Amilcar Exavier, Marionne Bonot, Alix Fils-Aimé, Rameau Estimé, Rosier Antoine Claude, Jean Romulus Eliacin, Robert Duval ?

J.C.D. : Je peux avoir retenu des noms ; d’abord celui de Michèle Montas à travers son mari Jean Léopold Dominique qui m’accompagnait assez souvent dans mes visites d’inspection en province. D’ailleurs, si je ne me trompe, lors du procès de Widmaer-Jean Dominique, j’étais intervenu et c’est ainsi qu’ils ont pu avoir gain de cause concernant Radio Haïti. Quant à Robert Duval, celui -ci a été arrêté pour activités subversives. D’ailleurs, au cours d’une fouille à l’aéroport François Duvalier, nous avons retrouvé des armes en sa possession ; il a été libéré quelques années plus tard par une mesure de clémence du chef de l’État.

Q. : Êtes-vous au courant que les droits de ces personnes précitées ont été violés sous votre gouvernement ?

J.C.D. : Des viols existent par centaines, par milliers à travers le monde. On n’accuse pas pourtant le chef d’État responsable. Quant à moi, j’ignore totalement cette affaire de viol. J’ignore totalement l’identité des noms qui ont été cités dans la question.

Q : Robert Duval avait été jugé puis condamné pour bénéficier de la clémence du chef de l’État ?

J.C.D. : Pour moi, c’est une véritable plaisanterie. En bon français ; c’est de la fumisterie. Robert Duval a été mis en prison pour des raisons d’Etat. Cependant, l’individu était bien traité. Il y avait un membre de sa famille qui lui apportait de la nourriture trois fois par jour.

Q. : Que signifie raison d’État ?

J.C.D. : Je peux dire qu’il y a des gens que j’ai moi-même protégés, alors qu’ils l’ignoraient. J’ai ouvert les stations de radio. Radio nationale a été inaugurée, de manière à permettre à la population d’être en contact avec le président et aussi d’informer des gens de la province sur les activités du gouvernement. Des partisans, des ministres étaient venus me faire part combien les émissions sont libres et, malgré tout, j’ai demandé au directeur général d’alors, M. Rémy Mathieu, de continuer avec les émissions alors qu’on était en train d’inaugurer les premiers pas de la démocratie en Haïti.

Q. : Pendant combien de temps Robert Duval a été gardé en prison ?

J.C.D. : Je n’ai pas de précision concernant Duval, mais je sais que les services responsables durant son séjour avaient d’excellents rapports avec les surveillants.

Q : Existait-il des cas de meurtres, emprisonnement politique, exécution sommaire sous votre gouvernement ou avez-vous contraint des gens à l’exil ?

J.C.D. : Les meurtres existent dans tous les pays ; moi je n’intervenais pas dans les activités de la police. Ensuite, je tiens à souligner que c’est moi qui ai supprimé en 1983 la loi concernant la peine de mort. Pour l’emprisonnement, à chaque fois que ces cas se produisaient, j’intervenais pour mettre fin aux abus qui ont été commis.

Question du Commissaire du gouvernement :

C.G : En janvier 1971, âgé de 19 ans, à peine sorti de l’adolescence quand votre père François Duvalier vous délègue le pouvoir, vous sentiez-vous capable politiquement d’assumer ce poste ? Est-ce par fidélité ou attachement à votre père que vous aviez accepté d’être au timon des affaires ou bien avez-vous eu la garantie de gouverner sous la férule de votre mère, flanquée de quelques éminences grises de l’époque, qui vous aurait façonné comme le portier devant l’argile ?

J.C.D. : Je suis avant tout le fils d’un très grand nationaliste et mon père savait pertinemment, que, s’il n’avait pas opté pour cette solution, le pays aurait connu la guerre civile et sa première occupation après 1915. Donc, ayant été un témoin privilégié de différentes luttes qu’il a menées, je n’aurais pas aimé voir ce pays que j’aime tant sombrer. Si j’ai accepté une telle responsabilité, c’est par amour avant tout pour mon pays. J’ai toujours pensé qu’un gamin de 19 ans n’aurait pas pu mener un pays aussi difficile. D’ailleurs, quand il m’a appris la nouvelle, j’ai catégoriquement dit non.

Q. : Quelle est votre part de responsabilité dans toutes ces incriminations qui vous sont imputées ?

J.C.D. : Franchement, quand j’y pense, ça me fait rire, parce que les gens font beaucoup d’amalgames et ensuite ils sont capables de dire, d’inventer des fantasmes. A partir de là, vous pouvez vous retrouver dans une situation embarrassante. Malheureusement, c’est un mal qui ronge le pays et qui bloque dans une certaine mesure le développement.

C.G. : Vous aviez, à 19 ans, géré le pouvoir qui vous a été légué par votre père, votre première fonction dans l’État. Avec quel sentiment vous aviez accepté ce poste et comment vous comptiez-vous y prendre pour mener à bien cette tâche difficile ?

J.C.D. : J’ai un bilan positif, et c’est dans tous les domaines.

C.G . : Vous rappelez-vous des cas précis de répression commis par certains de vos collaborateurs sur l’un quelconque des plaignants. Comment avez-vous réagi. A quelle époque de votre régime l’on a enregistré le plus de violations de droits, de crimes ou d’arrestations arbitraires. Comment expliquez-vous cela ?

J.C.D. : J’affirme que nous avons toujours fait de notre mieux à chaque fois qu’un cas nous était signalé. A l’époque, la population d’Haïti était de 6 000 000 d’habitants. Il nous aurait fallu 6 000 000 de soldats pour en placer derrière chaque personne.

Partie Civile

P.C : Que vous rappellent les noms suivants : Luc Désir, Emmanuel Orcel, Jean Valmé, Albert Pierre, Rameau Estimé, Richard Brisson, Marc Romulus ?

J.C.D. : Il y a peut-être plusieurs personnes qui ne sont pas dans cette liste. Et j’en connais deux, dont Marc Romulus.

Question : P.C. : Pendant votre présidence, existait-il des tribunaux de droit commun parallèlement à ces tribunaux ? Fonctionnait-il un tribunal de sûreté de l’État ? Quel a été le rôle de ce tribunal et quel type d’infractions en connait-il ?

J.C.D. : J’ignore très mal. Même dans les pays les plus démocratiques, le nombre de tribunaux de sûreté de l’État fonctionnait toujours dans le but de défendre les intérêts supérieurs de ces pays.

P.C. : Existait-il des prisonniers politiques au Fort-Dimanche ?

J.C.D. : Concernant le Fort-Dimanche, on y trouvait toutes sortes de délinquants, tandis qu’au pénitencier national, il n’y avait que des drogues dealers qui ont été libérés à mon départ, moyennant finance.

P.C. : Aviez-vous accès à des fonds publics ou à des fonds d’organismes autonomes tels que la Téléco, la Régie du Tabac, la Minoterie, le Magasin de l’État. Avez-vous été comptable de deniers publics ?

J.C.D. : Pas du tout. Durant mes quinze années, le président n’était pas le comptable de deniers publics.

P.C : Est-ce qu’Haïti était signataire de la Convention interaméricaine des droits humains ?

J.C.D. : Je sais que cela remonte à 1979 ; toutes les démarches étaient sur la bonne voie pour aboutir à la signature.

Question de la défense :

Q : Sous votre gouvernement, y avait-il des rapports d’audit effectués par des firmes nationales ou internationales ?

J.C.D. : Effectivement, il y avait des rapports d’audit qui ont été menés par une firme internationale. Ces firmes ont été sollicitées par le gouvernement haïtien pour établir des rapports concernant le bon fonctionnement de la Banque centrale et de la BNC. Ils ont conclu que les fonds de la République d’Haïti étaient bien gérés.

Q : En 1976, le Département d’État américain produisait un rapport sur l’évolution des droits humains en Haïti. Quelles ont été ses conclusions, de même pour l’amnesty à la même époque ?

J.C.D. : A ce sujet, il y a eu une conférence à Washington organisée par le # 2 du State Department avec la participation des autres gouvernements étrangers faisant partie de l’Amérique du Sud. Ces messieurs ont conclu que beaucoup d’éléments appartenant aux ONG et autres institutions, au lieu de favoriser l’implantation de la démocratie en Haïti, cherchaient par tous les moyens à déstabiliser mon gouvernement. Je crois avoir tout dit.

Jean-Robert Fleury

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