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Manifestations de la faim à Haïti

mardi 13 mai 2008, par Jeb Sprague, Nazaire St. Fort

Des manifestations qui ont débuté à Le Cayes jeudi le 3 avril contre les prix en forte hausse des aliments se sont répandus partout en Haïti à Petit-Goagve, les Gonaïves, Aquin et le 7 avril, à la capitale, Port-au-Prince.

La colère au sujet des prix à la hausse s’est accumulée depuis plusieurs mois avec les produits de base de moins en moins accessibles pour les pauvres. Des pneus ont été incendiés dans les rues et rassemblés pour former des barricades qui ont paralysé la circulation durant plusieurs jours. De nombreux commerces ont été vandalisés et pillés, spécialement ceux vendant des aliments, alors que les foules exprimaient leur colère envers l’indifférence devant leur sort perçue par l’élite de la nation, incluant l’administration René Préval/Jacques Edouard Alexis. On pouvait fréquemment apercevoir du verre brisé sur les rues près des automobiles et immeubles visés.. La faim maintenant appelée « Klorox » et « acide à batteries » par les pauvres d’Haïti, la comparant à un acide chimique dévorant les estomacs vides. Ces nouveaux termes d’argot pour décrire la faim grandissante font partie de la langue d’usage depuis les derniers mois.

Le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis a démissionné le 12 avril, un geste qui était partiellement le travail de seize sénateurs qui ont prétendu répondre aux manifestations monstres. Alexis semble avoir scellé son destin en disant dans un discours que plusieurs des manifestants n’étaient que des bandits et des vendeurs de drogue. Quelques rapports précoces dans les médias d’information haïtiens, détenus par quelques familles de la petite élite dans le pays, ont aussi adoptés cette ligne, mais il est rapidement devenu évident que les manifestations étaient un déluge de colère et qu’il serait imprudent de les rejeter en tant qu’activité criminelle. Alexis a correctement souligné que Haïti n’est pas le seul pays dans le monde qui a été durement frappé par les prix à la hausse des aliments. Un média d’information haïtien, l’Agence Haïtienne de Presse, dans un éditorial, a critiqué les sénateurs qui ont aidé à destituer Alexis, expliquant qu’Alexis a été utilisé en tant que bouc émissaire commode pour des problèmes dont la source est plus profonde.

Le seul média alternatif d’information, HIP (Haiti Information Project), notait que plusieurs des sénateurs opposés à Alexis faisaient partie de l’élite de l’opposition politique à l’ancien Président Aristide d’Haïti et que « ...la censure du gouvernement d’Alexis signale aussi la fin d’un mince compromis politique entre ceux qui appuyaient l’expulsion d’Aristide en 2004 et les renégats cooptés de son mouvement Lavalas. La base du parti Lespwa de Préval a été construite sur le mouvement Lavalas qui l’a vu comme une façon d’arrêter la répression suivant l’expulsion d’Aristide. Le gouvernement Alexis était représentatif d’une trêve temporaire entre les partisans du président expulsé Jean-Bertrand Aristide et l’opposition qui travaillait avec la communauté internationale afin de le retirer de sa fonction. » Ils ont craint que sans Alexis, un remplacement plus réactionnaire polariserait davantage les conflits politiques entre les riches et les pauvres d’Haïti. Une femme interrogée du nom de Jacqueline, une vendeuse de rue dont les activités commerciales sont considérées illégales par l’État, expliquait sa situation par rapport au pouvoir d’achat. Elle a dit que les Haïtiens comme elle gagnent en moyenne 75 gourdes (environ 2 $US) par jour. Mais une portion individuelle de riz coûte maintenant plus de 150 gourdes.

De façon similaire, une portion individuelle de maïs ou de blé coûte 135 gourdes alors qu’une boîte d’oeufs a augmenté à 175 gourdes. Aux barrières du Palais National Le 17 avril, de grandes foules ont manifesté devant le Palais National, incluant des hommes et des femmes de tous âges, exigeant que le Premier Ministre réduise les prix des denrées de base. La police nationale de pair avec la MINUSTAH (la mission de l’ONU stationnée en Haïti) ont dispersé la foule. Certains manifestants ont bombardé les troupes et la police avec des pierres et une grande barrière du palais est tombée.

La police et les soldats ont tenté en vain d’arrêter les manifestations massives et de protéger la propriété privée qui était détruite quelques coins de rues plus loin. La MINUSTAH a érigé un rempart défensif autour du Palais National. Déterminés, quelques manifestants ont continué de lancer des pierres qui percutaient bruyamment le blindage des transports de troupes de l’ONU. En réponse, les soldats de l’ONU ont lancé des bombes à gaz lacrymogènes et tiré à bout portant. Quelques morts et plusieurs blessés ont été rapporté dans la mêlée. Richardson, un manifestant du Carrefour, a dit qu’il préférerait être tué dans la rue par une balle de la MINUSTAH que de mourir de faim dans sa maison. Quelques personnes ont scandé : « Nous avons notre police nationale, nous n’avons pas besoin de la MINUSTAH. » D’autres ont déclaré que les puissances derrière l’ONU faisaient parti du coup d’État qui a expulsé l’ancien Président Jean-Bertrand Aristide en 2004. Les protestataires ont dit que leur situation s’est détériorée dramatiquement depuis de coup d’État de 2004 et que l’ancienne administration Aristide, même sous un embargo d’aide quasi total, a créé des banques alimentaires subventionnées dans les bidonvilles les plus pauvres d’Haïti. Parmi les protestataires, un appui très large était évident pour Fanmi Lavalas, le mouvement politique dirigé par le président exilé.

En mars, avant les récentes « manifestations pour la nourriture », des activistes étudiants semblent avoir fait certains gains à renverser les politiques ruineuses qui ont décimé l’agriculture haïtienne depuis 1986. À ce moment, dans une réponse aux manifestants étudiants, le Ministre de l’agriculture d’Haïti, François Severin, a dit qu’il adopterait onze recommandations spécifiques que les étudiants ont mis de l’avant pour raviver le secteur agricole d’Haïti. Mais dans un discours récent, Severin a dit que maintenant le gouvernement ne sera pas capable d’appliquer ces recommandations. Sous la pression des institutions financières internationales tel que le FMI et la Banque mondiale, l’agriculture haïtienne a été libéralisée. Les revenus ruraux et la production se sont effondrés. L’approvisionnement d’Haïti en aliments a été rendue vulnérable aux fluctuations internationales des prix alors que les importations abordables de riz, grandement subventionnées et autres aliments de base ont miné complètement le travail des fermiers haïtiens. Soulagement pour l’instant, plus de problèmes à l’horizon L’annulation de la dette pour Haïti continue d’être un sujet de débat en dépit de la situation délicate du pays.

La Chambre des représentants des États-Unis a récemment adopté le Jubilee Act, une loi qui garantie l’annulation de la dette et des bénéfices additionnels d’annulation de la dette pour 67 pays appauvris. La législation est maintenant au Sénat des États-Unis, où ce jeudi il y aura audience à son sujet. Dean Baker, co-fondateur du Center of Economic and Policy Research (CEPR, Centre de recherche sur l’économie et la politique) basé à Washington, DC, a dit que les problèmes à court terme d’Haïti avec les prix des aliments qui s’emballent résultent grandement de la politique des États-Unis. « Une grande part de l’histoire est les biocarburants. La terre est retirée de la production alimentaire et utilisée afin de produire du biocarburant », a-t-il commenté.

En dépit de son statut de pays le plus appauvri de l’hémisphère occidental, Haïti est à la traîne de plusieurs pays dans les Amériques à obtenir une annulation de la dette par l’entremise d’un programme du Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Un article qui frappe fort publié en décembre par CEPR affirme que le FMI et la Banque mondiale devraient ignorer les règles de leur programme HIPC (pays pauvre lourdement endetté) : « La dette d’Haïti devrait être annulée sans délais supplémentaire », a dit le CEPR. Le 14 avril, les manifestations ont ralenti mais il est largement entendu que le problème des prix en progression des aliments continuera d’infecter la nation insulaire. Le gouvernement Préval semble avoir réalisé qu’il n’a pas de choix mais de subventionner et négocier des rabais sur les prix des aliments pour les pauvres, bien qu’il ait mis en place des mesures à court terme pour compenser le trou grandissant.

Le gouvernement du Venezuela, de plus en plus vu en tant qu’ami proche et allié d’Haïti, a envoyé des centaines de tonnes d’aliments qui ont été rapidement distribués. Le Secrétaire générale de l’ONU, Ban Ki-moon, a aussi été éloquent ces derniers jours en appelant à une aide alimentaire accrue pour Haïti afin d’éviter une crise. Le Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS) est occupé pendant ce temps à augmenter la distribution des aliments donnés.

Dernière mise à jour : ( 30-07-2008 )

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