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Jacques Roumain, un modèle pour la jeunesse haïtienne

vendredi 30 mars 2007, par Jirah Smet

Après avoir brisé les chaînes de l’esclavage, la plus grande barbarie que l’humanité ait connue, Haïti a toujours été guetté par la superpuissance américaine qui livrait une bataille concurrentielle avec la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, afin de prendre le contrôle de tout le continent américain.

A trente reprises, ils interviennent militairement dans leur arrière-cour, pendant les trente premières années du siècle dernier, dont Haïti en 1915, derrière le slogan « l’Amérique aux Américains ». Lorsqu’en juillet 1915, les Yankees débarquent en Haïti, leur occupation a été vue comme une mission neutre politiquement et socialement. Pourtant à côtés des causes secrètes, il suffit de s’intéresser à l’Histoire d’Haïti pour connaître les motivations réelles de ce débarquement.

Le 2 juillet 1914, lorsque le Président Oreste Zamor (8 février 1914 – 27 octobre 1914) était en butte à de sérieuses difficultés, le gouvernement américain lui a proposé un projet de convention qui prévoyait le contrôle des douanes haïtiennes par les Etats-Unis, pensant que face aux problèmes que connaît ce gouvernement, le Président Zamor se courberait aisément, moyennant certains avantages. Mais le Président Zamor refuse catégoriquement de liquider le pays. Le 10 décembre de la même année, ce même projet a été présenté au Président Davilmar Théodore. Encore une fois, les Américains se sont heurtés au refus du Président haïtien. Considérant ces refus comme un affront de la part d’Haïti, Washington restait à l’affût de troubles politiques en Haïti, pour ne pas dire qu’il les provoquait, afin d’envahir le pays et imposer de force leur projet. Ainsi, suite à l’assassinat du Président SAM en juillet 1915, les Yankees débarquent en Haïti et prennent le contrôle du pays.

Cette occupation aura coûté la vie à des dizaines de milliers d’Haïtiens. Charlemagne Péralte, Commandant de Léogane, a affiché une opposition historique, en refusant l’entrée de ses casernes à un détachement de « marines » qui ira camper sous une tente à quelque deux cents mètres de là, sur la place d’armes. Puis il démissionne pour ne pas coopérer avec le gouvernement fantoche, et rejoint la résistance dans le Nord. Cette résistance, sous la direction de Péralte a été réprimée impitoyablement par les troupes américaines. Treize mille Haïtiens ont péri. Quant à Charlemagne, il a été dénoncé par un certain Conzé que l’on paya trois mille dollars. Charlemagne Péralte fut tué de deux balles par un marine américain déguisé en Haïtien, dans son campement même où il se croyait en sécurité, au moment où il délivrait un message à ses hommes. Son corps à moitié nu, attaché sur une porte, a été exposé publiquement par les Américains, dans la ville du Cap, au nord d’Haïti, le 1er novembre 1919.

Un de ses lieutenants, Benoît Batraville, qui a pris la tête de la résistance pour continuer la lutte pour la libération du pays, a été lui aussi assassiné par un marine et inhumé dans une uniforme de marine. C’était une façon de l’humilier, puisqu’il n’aimait pas les marines.

Ayant appartenu à cette Génération qui a subi douloureusement les humiliations infligées au peuple haïtien par les occupants américains, de 1915 à 1934, Jacques Roumain, écrivain, journaliste, essayiste et homme politique haïtien, a compris que les masses travailleuses des villes et des campagnes sont les artisans incontournables de notre libération. A l’age de 20 ans seulement, Roumain s’est engagé à défendre son pays contre les occupants, car sa flamme patriotique brûlait d’un feu ardent. En décembre 1928, il est emprisonné avec deux de ses confrères, Georges Petit et Elie Guérin, pour délit de presse à l’endroit du Président Louis Borno qu’il accuse de collaborer avec les occupants.

Après l’élimination de Charlemagne Péralte en 1919 et de Benoît Batraville en 1920, par les Yankees, les Américains croyaient avoir porté un coup fatal à la résistance haïtienne. Mais heureusement Haïti a le mérite de produire des modèles d’homme dont la grandeur d’âme et le sens élevé de dignité étonnent plus d’un.

Tandis que Jacques Roumain est incarcéré au pénitencier national, il n’a pas abandonné la lutte. Le 22 janvier 1929, Le Petit Impartial publie un article injurieux pour Louis Roy, dont la fille Marie-Henriette était fiancée à Jacques Roumain. Réélu président du très sélect Cercle Port-au-princien, Louis Roy se voit traité de traître et de « triste valet de Louis Borno ». Le détenu Jacques Roumain ayant refusé de désavouer l’article de son journal, les fiançailles sont rompues.

Le 1er juin 1930, après la chute du président Borno, Jacques Roumain est nommé Chef de Division du Ministère de l’intérieur par le président par intérim Eugène Roy. Le pouvoir, en faisant de Roumain un fonctionnaire, veut se donner bonne figure. Roumain, qui ne se trompe pas sur ses intentions, démissionne après quelques mois ». (R. Dorsainville, Jacques Roumain, 1981, p.66)

« Y eut-il jamais dans ce pays, excepté à la belle époque de l’Épopée révolutionnaire, un plus grand épanouissement de crânerie tel qu’en montrent un Jolibois fils, un Élie Guérin, un Jacques Roumain, un Georges J. Petit ? » (J. Price-Mars, Une étape..., 1929, p.87)

Jacques Roumain et ses camarades ont mené un combat farouche contre l’occupant américain et ses alliés locaux. Dans un opuscule, l’Analyse Schématique 32-34, il a dénoncé sans ménagement, la couardise, les compromissions des classes dominantes haïtiennes avec les occupants américains et le faux nationalisme arboré par les politiciens bourgeois et petits bourgeois qui au fond ne faisaient que nourrir des illusions au sein du peuple, alors qu’en réalité ils collaboraient avec l’étranger et expérimentaient le néocolonialisme avant la lettre sous le vocable trompeur de l’haïtianisation. La publication de ce document, l’acte fondateur du parti communiste haïtien, lui a valu trois années d’emprisonnement, à la suite desquelles il part pour l’Europe. Sa santé restera fragilisée des suites de sa détention : il y a contracté un paludisme dont il souffrira désormais des crises récurrentes. Rongé par la maladie, après avoir terminé son ouvrage, l’un des plus connus, « Gouverneurs de la rosée en juillet 1944, il meurt en Haïti, le 18 août 1944, à l’age de 37 ans.

Cette année, le ministère haïtien de la Culture et de la Communication a lancé le vendredi 9 février 2007, des activités commémorant le centenaire de la naissance du célèbre écrivain, poète et homme politique haïtien, Jacques Roumain. Ces activités commémoratives ne doivent pas rappeler aux Haïtiens que les œuvres littéraires de ce grand homme, mais aussi et surtout la flamme patriotique qui brûlait au-dedans de cet homme. A un moment où notre pays connaît, pour la troisième fois, l’humiliation de l’occupation, la commémoration du centenaire de la naissance de Jacques Roumain devrait coïncider avec un vrai mouvement de résistance contre les occupants. Car si Roumain revenait aujourd’hui parmi nous, il ne tolérerait pas que notre pays soit occupé, il prendrait position contre tous ceux qui collaborent avec l’occupant comme il l’a fait de son temps. De la même manière, la misère et la souffrance du peuple haïtien ne le laisseraient pas indifférent.

De l’autre côté, il faut reconnaître que l’actuel gouvernement ( le gouvernement Préval- Alexis) aura, devant l’histoire, le mérite d’avoir mis Jacques Roumain sur un piédestal, ce que d’autres n’ont pas su faire. Car si d’un côté le gouvernement collabore avec les occupants, de l’autre, remettre Roumain à l’honneur est un acte louable, patriotique, un acte à même de secouer les consciences endormies. Aujourd’hui notre jeunesse a besoin de lumière, elle a besoin de repère ; donc elle a besoin qu’on lui montre ce chemin tracé par Jacques Roumain. Max Vieux et Max Sam, deux anciens camarades de Roumain, encore vivants, affirment que Jacques Roumain était un modèle pour les jeunes de sa génération et pour les Haïtiens, en particulier, qui rêvent d’une Haïti prospère. Ils souhaitent que les jeunes de ce pays marchent dans le sillage de Jacques Roumain en vue de « montrer au peuple haïtien le chemin de l’honneur et de la dignité ».

Dernière mise à jour : ( 29-05-2007 )

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